ENTRETIEN : Olivier Weber

Grand reporter, correspondant de guerre, réalisateur de documentaires, Olivier Weber bourlingue sur tous les continents depuis 35 ans avec en bandoulière beaucoup de courage, d’engagement et d’empathie. Une bonne raison pour lui confier l’écriture d’un Dictionnaire amoureux de l’aventure qui est paru chez Plon ! Le livre et l’entretien sont à son image : passionnant et chaleureux.

Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

Ah ! bonne question. Je suis un écrivain qui aime les voyages et qui fait du reportage, plutôt que l’inverse. Ma passion première, c’est l’écriture.

Et tu viens justement d’écrire le Dictionnaire amoureux de l’aventure. C’est quoi l’esprit d’aventure pour toi ?

C’est une série de circonstances qui fait qu’on a envie de se propulser, de se mouvoir. Il y a l’attrait de l’inconnu, avec bien sûr son essentielle part de risque. Il ne faut pas avoir peur de se confronter à des dangers pour sortir de sa zone de confort. On sort de sa routine et on est prêt à abandonner certains de ses privilèges. Et bien sûr, il y a le goût de la liberté.

Puisque c’est un dictionnaire, piochons des lettres pas tout à fait au hasard. B comme Burton Richard, à ne pas confondre avec le célèbre acteur anglais.

Sir Richard Burton est un aventurier britannique du XIXe siècle, l’un des découvreurs des sources du Nil. Il parlait plus de trente langues, dont l’hébreu, l’arabe, le persan, l’occitan, l’italien, etc. Richard s’est déguisé en prince persan, pour arpenter le Proche Orient. Il a même fait le pèlerinage à la Mecque. Cet aventurier n’a eu de cesse que de voyager, mais il est mort assez jeune à 60 ans. Il parlait de « l’inconnu immense ». Il me plaît bien, car il a aussi un côté un peu fêlé. Mais n’oublions pas que les explorateurs comme lui étaient aussi des impérialistes, et donc souvent des massacreurs et des porte-étendards d’armées conquérantes. Lui-même servait sa majesté, la Reine Victoria

Dans le Sahara avec les nomades mauritaniens © Jean-Christian Kipp

« L’inconnu immense » cher à Burton, est-il encore d’actualité alors que l’on connaît presque tout ?

Il reste encore des terres à découvrir ou redécouvrir avec un regard très humaniste en Amérique du Sud ou Papouasie-Nouvelle-Guinée. Mais l’inconnu est en nous. À 20 ans, on se dit « j’ai envie de partir, de découvrir des terres nouvelles. Et tant pis si elles ne sont pas vierges, elles le seront quand même pour moi ! » Et je trouve ça beau parce qu’évidemment non seulement les voyages forment la jeunesse, mais elles nous forment tout court. Comme disait Nicolas Bouvier : « Le voyage nous fait et nous défait en même temps » ; on revient forcément différent d’un grand voyage.

Dans quel état rentres-tu de tes reportages de guerre ?

C’est jamais évident de vivre avec tout ce qu’on a vu, notamment les victimes civiles. Sur 200 conflits dans le monde depuis 1945, les morts sont au moins à 92 % des civils. Les soldats ne tuent plus des militaires, mais des civils, parfois avec la pire des barbaries. Ça crée des hantises. Moi, je m’en sors plutôt très bien, parce que d’une part, j’ai été habitué très jeune à la violence pour plein de raisons et d’autre part parce que j’écris. Écrire permet de s’extraire des obsessions.

Cet entretien avec Olivier Weber est à retrouver dans son intégralité dans le AR N°68, disponible en kiosque et sur notre boutique.

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Écrit par
Sandrine Mercier
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