Géographe de formation, écrivain par vocation, cycliste par passion, Emmanuel Ruben a roulé sur nombre de routes européennes. Son dernier périple à vélo l’a mené au Japon et lui a inspiré un récit intitulé L’usage du Japon, paru chez Stock. Une référence très claire à Nicolas Bouvier, le saint patron des écrivains voyageurs.
Que représente pour vous Nicolas Bouvier ?
C’est un écrivain que j’admire énormément. Je l’ai découvert en 2005 à l’occasion d’une conférence à Riga. J’étais alors en poste à l’ambassade de France de Lettonie. J’avais 24 ans. En lisant L’usage du monde, j’ai trouvé des similitudes avec ma vie. J’étais assez nomade. Je revenais des États-Unis, j’avais vécu un peu en Italie, j’étais parti en Amérique du Sud, et j’avais passé six mois à Istanbul. Ensuite, j’ai lu Chronique japonaise que j’ai adorée. Il commence ainsi : « chacun saurait les yeux bandés placer le Japon sur une carte » puis ajoute « sauf que personne ne sait d’où viennent les Japonais ».
Il raconte alors que les Japonais viennent du ciel et que le premier empereur du Japon est l’arrière-petit-fils d’Amaterasu la déesse du soleil. J’ai aimé sa manière de lier mythologie, géographie, histoire et considérations au jour le jour. Son Japon est à la fois un Japon d’érudit et un Japon intime. Quand en 2019, j’ai reçu le prix Nicolas Bouvier pour Sur la route du Danube, j’ai été vraiment ému. D’une certaine manière, je lui tire ma révérence avec L’usage du Japon.

Dessin Japon © Emmanuel Ruben
Comment est né le désir de Japon ?
D’abord, je suis un enfant made in Nintendo, j’ai grandi avec une Super Nes entre les mains. Ensuite, j’ai été fasciné par Les 3 formules du professeur Satō de Edgar P. Jacobs. Je dessinais moi-même des BD et celle-ci m’a tout de suite transporté au Japon. Il y a de très belles vignettes, et je me demande si ce voyage n’était pas justement une manière de plonger dans une vignette des aventures de Blake et Mortimer. J’ai aussi étudié le Japon en prépa quand j’ai passé le concours de Normale Sup. Ça m’a permis de découvrir l’histoire, la littérature et le cinéma japonais.
Le désir de ce voyage en particulier, vient d’un manga de Jiro Taniguchi lu pendant le confinement. Il s’appelle Furari et s’inspire de l’histoire d’Ino Tadataka, le premier géographe moderne du Japon qui a parcouru 40 000 kilomètres à pied le long des côtes de l’archipel au début du XIXe siècle. C’est qu’en dépit d’une taille modeste, le Japon possède le septième plus long linéaire côtier du monde. C’est fascinant.
À partir de la découverte d’Ino Tadakata, quel projet élaborez-vous ?
Quand je pars au Japon, j’ai l’idée d’écrire un roman, et ce livre, L’usage du Japon, n’était pas prévu. Mais en faisant des recherches pour le roman, j’ai été dépassé par tout ce que je voyais chaque jour. Finalement, je me suis senti obligé de prendre des notes, de dessiner. Et chaque soir dans ma chambre d’hôtel, exténué après avoir longtemps pédalé sur des routes escarpées, je tapais sur mon téléphone des textes de 2200 signes dans l’appli Instagram. C’est une contrainte qui m’a obligé à être le plus incisif possible, à virer tout ce qui est inutile en français, et donc à me diriger vers des textes poétiques accompagnés très souvent d’un dessin.

Couverture de L’usage du Japon livre de Emanuel Ruben paru chez Stock
L’entretien complet est à retrouver dans AR N°71, disponible en kiosque et sur notre boutique
