C’est une montagne calcaire posée là entre vignes et oliviers. Les Alpilles accueillent une ribambelle de villages provençaux. Ça sent bon l’apéro et la garrigue. Suivez-nous à travers les sentiers de transhumance pour découvrir au mieux ce territoire.
Dans les pas des bergers
La Routo

Si les Alpilles sont devenues un lieu de vacances chic prisé par de nombreuses stars telles qu’Omar Sy, Jean Reno ou Jamel Debbouze, c’est parce que ce coin de Provence respire l’authenticité. Pour s’en imprégner, on peut far la routo — transhumer en provençal — comme l’ont fait les bergers pendant des siècles. Aujourd’hui le GR69, baptisé La Routo, reprend les anciens chemins de transhumance entre Arles et le Piémont italien (550 km).
La Routo, un nom poétique qui nous projette comme les livres de Giono sur les collines provençales qui sentent bon le ciste, le thym et le romarin. Jusque dans les années 1950, les bergers quittaient durant l’été les plaines desséchées de Provence pour faire paître leurs troupeaux dans des alpages aux herbes bien grasses. C’était la grande transhumance, une tradition inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’humanité en 2023 bien qu’elle se pratique aujourd’hui surtout en camion.

Patrick Fabre, l’infatigable directeur de la Maison de la transhumance, se bat pour faire revivre La Routo. « Le GR69 révèle le lien qui existait déjà à l’époque romaine entre la Provence et les Alpes. J’ai passé du temps à retrouver ces anciens chemins empruntés par les troupeaux qu’on appelle des drailles. J’ai consulté le cadastre napoléonien pour les rechercher sur le terrain, mais beaucoup ont disparu. »
Sur les boucles de randonnées, on découvre aussi un fabuleux patrimoine : fontaines-abreuvoirs, pierres levées, cabanes et bergeries. À Eyguières, l’immense bergerie La Romanière flanquée d’un abreuvoir de 30 m impressionne : « C’est la plus grande des Alpilles et la plus ancienne. Construite au 17ème siècle, elle pouvait accueillir plus de 200 brebis. Mais aujourd’hui les troupeaux sont plus gros, alors elle n’est plus utilisée et elle s’effondre », se désole Patrick devant ce patrimoine en péril.
Où vas-tu bergère ?
Plaisir de la transhumance
Pas question pour Mathilde Sainjon, 31 ans, de faire monter son troupeau dans un camion pour atteindre les alpages. Sa transhumance, elle la fait à pied. Quinze jours sont nécessaires pour parcourir avec ses 500 brebis les 250 km qui séparent Saint-Rémy-de-Provence de Dévoluy dans les Hautes-Alpes. Quatre patous, trois borders collies et quelques copains l’accompagnent.


Mathilde Sainjon à cheval en transhumance © Julien Chevallier
« Mon rêve en devenant bergère était de transhumer à pied. C’est pour moi un formidable moment de liberté avec mes bêtes. On peut se demander à quoi ça sert vu que c’est plié en 3 heures en camion, mais il n’y a pas de raisons raisonnables, ç’est juste une aventure qui permet de se créer des souvenirs, surtout que j’emmène ma fille de 3 ans. Peut-être que les brebis et les chèvres se sentent mieux en prenant le temps de monter en douceur. Pour moi c’est quand même du stress de mener le troupeau chaque jour entre 4h et 11h, de trouver un emplacement à l’arrivée pour parquer les bêtes, et d’organiser le prochain itinéraire. Mais le troupeau me donne la force ! »
Rendez-vous en milieu extrême
Réserve naturelle des Coussouls de Crau

À première vue, c’est un plat pays sans fin où le soleil tape dur. Une étendue de gros galets et d’herbes où viennent brouter des moutons et des chèvres. Alors pourquoi la protéger ? Écoutons Patrick Fabre, directeur de la maison de la Transhumance :
« Il n’est pas simple de faire comprendre l’intérêt de ce milieu hostile, mais cette steppe semi-aride aux portes d’Arles est unique en Europe, il faut aller en Afrique pour la trouver ! En été, ici tout est cramé, c’est le désert et on voit des mirages. Il y a 18 000 ans, la Durance qui finissait ici en delta a été déviée. Il reste les galets qu’elle a charrié depuis les Alpes pendant 5 millions d’années et une faune et une flore unique. Le coussoul est parcouru par les moutons depuis l’Antiquité, c’est essentiel pour entretenir le milieu. Bientôt le GR69 passera ici, on fait tout pour que les gens découvrent cette zone méconnue. »
Le moulin d’Alphonse Daudet sème le doute
Moulin de Daudet, Fontvieille
Le massif des Alpilles vient mourir doucement à Fontvieille, un village provençal de vent et de cagnard surplombé par quatre moulins dont les ailes ne tournent plus depuis belle lurette. L’un d’eux, le plus élevé, est le fameux moulin de Daudet. Mais, Alphonse Daudet l’a-t-il vraiment acheté comme le laissent entendre ses fameuses Lettres de mon moulin parues en 1869 ? Certes, atteint de syphilis, l’écrivain journaliste viendra en vacances à Fontvieille pendant 30 ans « pour guérir de Paris et de ses fièvres », cependant, chaque fois, il descendra au château de Montauban appartenant à son cousin, et non pas dans un moulin contrairement à ce qu’il prétend dans son recueil de nouvelles.

Que se cache-t-il derrière ce mythe ? Anaïs, notre guide, a son idée : « Daudet dit qu’il rachète un moulin abandonné pour alerter sur la fin d’un monde. Au milieu du XIXe siècle, les moulins sont condamnés à s’effacer devant l’essor des minoteries industrielles. Comment arrêter l’engrenage du progrès qui uniformise ? En écrivant, il veut alerter. Attention, quelque chose de beau est sur le point de disparaître. Il veut aussi protéger les identités régionales. » La famille Bellon a bien reçu le message, elle qui a racheté le moulin en 1915 en vue de le conserver.
Emprunter le sentier des Moulins qui relie les 4 moulins et le château de Montauban.
Visite du moulin de Daudet tous les jours d’avril à novembre ; Tarif 2 €
L’âme vigneronne
Justine Duble, domaine des Alpilles, Aureille
Le dernier né des domaines viticoles des Alpilles n’a pas cherché longtemps pour trouver son nom. Il s’appelle tout simplement Domaine des Alpilles. À la sortie du village d’Aureille, Justine Duble plante sur les terres familiales les cépages qu’elle aime : « Il faut imaginer qu’il n’y avait rien ici en 2019 ! J’y plante carignan, mourvèdre, cinsault, syrah, cabernet-sauvignon pour le rouge, et chenin, clairette, marsanne, roussanne, pour le blanc. Mon premier millésime est sorti en 2022. Je mise tout sur le végétal car plus tu chouchoutes la vigne et plus elle te donne. Tous les jours je suis dedans, je nettoie pour avoir de belles grappes et du bon vin. On vendange tout à la main vers 2-3h du mat pour garder la fraîcheur. Et bien sûr, c’était une évidence de se lancer en bio tout de suite. »


Justine Duble, vigneronne © Julien Chevallier
À 32 ans, Justine est en train de réaliser son rêve : « Aujourd’hui on produit 28 000 bouteilles, j’espère passer à 50 000 d’ici 5 ans. Vigneronne, c’est l’histoire de ma vie, j’ai la passion de la terre où j’ai grandi. » Une histoire d’amitié aussi, car elle s’est associée à 5 amis pour produire ensemble ce vin remarquable malgré son jeune âge.
Quartier des Craux, Aureille. Dégustations en cave, visite du vignoble avec accords mets-vins. Ouvert du lundi au vendredi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h. Le samedi sur réservation.
PRATIQUE
Le massif des Alpilles s’étale sur 30 km de long et 10 km de large, entre Rhône et Durance au nord des Bouches-du-Rhône. On atteint le point culminant, Les Opies, à 496 m d’altitude après 2 h de rando. Le massif abrite une kyrielle de villages pittoresques : Aureille, Fontvieille, Les Baux-de-Provence, Maussane-les-Alpilles, Saint-Rémy-de-Provence …
Randonner
Pour découvrir les Alpilles, on peut suivre la Routo (GR 69), un itinéraire de randonnée entre Arles et Borgo San Dalmazzo dans le Piémont qui reprend les anciennes drailles. 33 étapes et 540 km à travers des paysages spectaculaires pour découvrir cette pratique toujours vivante de la transhumance. Les 7 premières étapes se déroulent sur le territoire des Bouches-du-Rhône entre la plaine de la Crau et Vauvenargues. Suivre le double marquage rouge et blanc des GR et la sonnaille de la transhumance. La Routo fabrique aussi une gamme de vêtements en laine de mérinos d’Arles. Toutes les infos pour préparer ses randos et découvrir l’histoire de la transhumance : larouto.eu

La Maison de la Transhumance, située au Domaine du Merle au cœur de la plaine de Crau, à Salon-de-Provence, contribue à promouvoir et assurer l’avenir de la grande transhumance ovine.
Pour organiser son voyage dans les Alpilles : myprovence.com et alpillesenprovence.com
Un reportage est à retrouver dans AR N°72, disponible en kiosque et sur notre boutique.
