Au FIFAV, les femmes s’emparent de l’aventure

Le Festival du Film et du Livre d’Aventure à La Rochelle, un festival comme on les aime : chaleureux, vivant, accueillant, gai… Lors de cette 22e édition qui s’est déroulée du 17 au 23 novembre 2025, les femmes ont prouvé que dans de monde de l’aventure longtemps réservé aux hommes, elles peuvent tenir le haut du pavé. Focus sur des baroudeuses, des vraies !

Sur le quai Louis Prunier, face au vieux port, on se presse dans l’Espace Encan transformé en Quai de l’Aventure. Plus de 40 000 spectateurs ont participé aux quelque 153 rendez-vous (films, ateliers, rencontres littéraires…). Un record ! Cette année, les femmes ont débarqué en grand nombre avec des récits authentiques et sensibles où se côtoient sang froid, pas de côté et grande douceur.

Des femmes puissantes !

Sur les 59 films projetés, je retiens ces histoires de femmes parties à la rencontre d’autres femmes, qui sont comme des odes à la liberté.

Dans Guts (prix de l’Aventure) de Patrizia Bruno, deux amies suivent leur instinct jusqu’au bout de la route. 20 000 km entre la France et la Guinée-Bissau au volant d’un vieux 4X4, avec comme objectif de faire du surf tout en rencontrant des femmes qui se battent pour redéfinir leur place dans la société de l’Afrique de l’Ouest.

Au Maroc, on fait connaissance avec la première femme guide de voyage. En Mauritanie avec une femme qui a eu le courage de divorcer et de monter un petit hôtel. Et au Sénégal des jeunes filles qui surfent malgré l’interdiction de leurs parents… Tout au long des routes sablonneuses, les deux copines nous font partager une aventure brute et puissante. Et leur enthousiasme donne envie de mettre les voiles.

Des mondes en mouvement

La réalisatrice Marianne Chaud a, elle, reçu le prix de l’Environnement avec son nouveau documentaire, La route. Elle y raconte l’arrivée d’une route militaire dans la vallée du Zanskar qui va bouleverser cette région himalayenne du nord de l’Inde aux confins du Pakistan et de la Chine. Les femmes se retrouvent à travailler sur le chantier. Pour la première fois, elles gagnent un salaire et sont très heureuses de la liberté que cela leur apporte. En fait, c’est un film qui nous questionne sur la modernité et les changements qui affectent les modes de vie et les équilibres humains.

Dans La mélodie du Silence d’Aimée Bouchet, il est question de sororité avec trois femmes qui embarquent vers l’Écosse à bord du voilier Tavaha. Il y a Lysiane, jeune danseuse qui peine à trouver sa place dans ce monde. Julie, sourde de naissance qui rêve d’aller écouter les baleines. Et la jeune navigatrice norvégienne qui tremble d’embarquer ces deux néophytes, car elle est plutôt adepte des courses en solitaire. Au final, le film respire la beauté, mais aussi les doutes et les peurs d’une génération qui doit se construire dans des temps incertains.

Voyageuses en solo

Énorme coup de cœur pour Isabel del Real. Cette jeune bretonne avait des fourmis dans les jambes pendant le confinement. Alors elle s’est fabriquée un vélo sur mesure pour quitter son village au bord de la Rance et rejoindre toute seule Téhéran à 15 000 km. Un an de baroudage qu’elle livre sans filtre dans Plouhéran paru chez Delcourt/Encrages.

Un roman graphique en noir et blanc magnifique qui relate des amitiés nouées sur la route, des bivouacs qui la font flipper, des rencontres inattendues. Et aussi un ouvrage qui pose des questions sur le sens de la vie. Renonçant à présenter le barreau, elle avait préféré s’élancer vers l’inconnu. Elle en a profité pour peaufiner sa passion pour le dessin. Ainsi est née sa première BD, un récit initiatique drôle et sincère. Comme elle.

Isabel et son vélo © Isabel del Real
Après le vélo, on enchaine avec la moto et Mélusine Mallender.

Une des rares femmes à faire des expéditions sur une grosse bécane. Dans son livre La route du tigre publié chez Arthaud, elle raconte comment elle a roulé 28 000 km de Jakarta à Téhéran. Ainsi, elle a pu poser à des femmes cette question : c’est quoi la liberté pour toi ?

Derrière les clichés associés à ces pays où la condition des femmes n’est pas reluisante (Indonésie, Myanmar, Bangladesh, Iran…). Elle dévoile une réalité parfois différente : une femme moto-taxi à Jakarta. Une Birmane qui se sent libre depuis la mort de son mari. Un trans qui a ouvert une maison d’accueil pour d’autres transgenres…. Grâce à l’intimité incroyable qu’elle parvient à créer avec ces femmes, Mélusine nous entraine dans un road-trip féministe qui prend aux tripes.

Tous ces récits de femmes font écho à une véritable tendance. L’Organisation mondiale du tourisme a estimé qu’en 2017, les femmes avaient été 138 millions à prendre la route seules, contre 54 millions en 2014. Alors vous qui rêvez de partir, mais avez la trouille au ventre, rien de mieux qu’un bon festival pour éjecter ses peurs et se donner des ailes !

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Écrit par
Sandrine Mercier
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