De Dakar à Djibouti, Élodie Arrault a voyagé à pied, à vélo, en bus, à dos de dromadaire en suivant le tracé de la Grande Muraille verte. Environ 8000 km à la rencontre de porteurs de projets africains engagés dans l’agro-écologie et la reforestation du désert entre 2022 et 2024. Une aventure militante pour sensibiliser à la lutte contre le dérèglement climatique que l’on retrouve dans la BD Dadji, qui vient de sortir aux éditions Futuropolis.

Dadji. Autrice Élodie Arrault, dessins Joël Alessandra, Futuropolis
La Grande Muraille verte à pied, ça paraît fou.
À 50 ans, j’ai voulu faire une traversée de l’Afrique qui avait du sens. Quand j’ai découvert l’existence de ce projet panafricain, j’ai décidé d’aller à la rencontre de tous ceux qui luttent contre l’avancée du désert. Les projets contre la désertification donnent de l’emploi aux femmes, aux jeunes, fixent des gens sur leur terre. C’est aussi un moyen de lutter contre le terrorisme. J’ai appelé mon projet Dadji. C’est la contraction de Dakar et Djibouti puisque je voulais relier ces deux points situés de part et d’autre du Sahara.
Tu es partie avec des graines de moringa. Pourquoi ?
Emporter ces graines était allégorique, car c’est un arbre qui pousse très vite et qui permet aux agriculteurs de passer à l’agro-foresterie. J’aimais cette idée de faire pousser des idées en créant du lien entre tous les pays traversés. Au Burkina, j’ai été accueillie par Jeanne, qui plante des arbres depuis 20 ans. Ce sont des arbres fruitiers pour la sécurité alimentaire, mais aussi du vétiver que l’on connaît surtout pour son parfum. C’est aussi comme un clou végétal. Grâce à ses racines profondes, il lutte contre l’érosion des sols.

© Élodie Arrault
Ton aventure est à la croisée de tout ce que tu aimes
C’est venu cristalliser toutes mes aspirations profondes : le sport, l’endurance, l’Afrique et l’amour de la terre. J’ai pédalé de Dakar jusqu’au Mali, puis j’ai roulé en bus jusqu’au Niger. De là, impossible de traverser, j’ai dû prendre l’avion pour le Tchad. Je l’ai parcouru sur 1000 km à dos de chameau. Puis la guerre a éclaté au Soudan, j’ai dû rentrer en France, et quelques mois plus tard, je suis repartie en Éthiopie pour finir le projet à vélo. Aujourd’hui, cette aventure ne serait plus possible, car on ne nous accorde plus de visas.

© Élodie Arrault
Une aventure dans un climat de grande insécurité ?
Le plus dur n’était pas de pédaler, mais de jongler avec les situations géopolitiques. C’était tout un art de rester en lien avec la France et les ambassades, tout en étant discrète sur mon projet. Ces dernières n’aimaient pas me voir passer dans des zones classées rouges par le ministère des Affaires étrangères. J’étais en lien surtout avec des habitants qui connaissaient bien le terrain et me garantissaient que je pouvais passer.

© Élodie Arrault
