ENTRETIEN : Vincent Munier

Avec son film Le Chant des forêts, le photographe animalier Vincent Munier nous dévoile la magie de la forêt des Vosges si proche de nous. Un film documentaire qui a démarré fort avec près de 200 000 entrées depuis le 17 décembre 2025 !  Entretien avec cet amoureux des grands espaces qui photographie la beauté du monde.

Sur l’affiche du film, un cerf sort de l’eau sur un fond de brume. C’est magique

Cette rencontre est probablement l’un des plus beaux moments de ces dernières années. Un moment de grâce, un moment de communion. Tout est là, tout est rassemblé, tout est aligné. Ça faisait trois ans que je l’avais repéré près du lac dans la forêt près de chez moi dans les Vosges. Cette image clôt la séquence du brame dans le film. Je suis transi par cette intensité, ça me fout les poils. C’est le but de ce film : partager avec le public ce qui m’anime et me transcende. Réveiller cet émerveillement qu’on avait gamin face à la beauté animale ou végétale, stimuler notre sensibilité à l’égard de la nature. J’en peux plus de cette guerre qu’on a déclarée au vivant, de ce pouvoir de notre espèce sur toutes les autres. 

Une cabane revient à plusieurs reprises dans le film…

Oui, au cœur de la forêt, on se retrouve souvent dans une cabane avec mon père et mon fils, Simon. Là, on discute. Ces pauses structurent le film. Ça me rappelle les soirées, où, gamin, les amis naturalistes de mon père racontaient leurs histoires de bestioles chez nous. Dans cette cabane, il se passe des choses fortes, on partage nos expériences, loin des écrans qui nous polluent. Mon père est un fou furieux qui a passé sa vie à protéger un oiseau, le grand tétras. Quand j’avais 12 ans, il m’a prêté un appareil photo et j’ai fait une rencontre avec un chevreuil qui a changé mon destin, car je suis devenu un fou de l’affût. Est-ce le tour de mon fils qui a 12 ans également ? Pour le film, on lui a proposé de nous suivre à l’affût dans la forêt pour qu’on vive ces émotions tous les trois. 

© Vicent Munier
Le grand tétras, symbole des Vosges, est un personnage central du film. Que représente-t-il pour toi ? 

C’est une espèce de gros oiseau, un peu notre dodo, qui est là depuis l’âge glaciaire et qui émet un son très étrange, assez préhistorique. Quand j’avais 10 ans, mon père m’embarquait sur ces traces au début du printemps. À l’affût, on essayait de le voir faire sa parade et chanter pour s’accoupler avec une femelle. Et comme il est très farouche, il ne faut pas bouger ni faire de bruit jusqu’à une douzaine d’heures ! C’est l’affût ultime avec ton objectif sur un trépied… et si tu as de la chance, tu pourras faire une photo ! C’est une espèce sentinelle qui donne l’état de la forêt, il est conçu pour les froids et a besoin d’une forêt très variée. Il est présent encore en Scandinavie, mais chez nous avec le réchauffement climatique, il a presque disparu. C’est triste, mais le plus dur, c’est que les gens s’en foutent.

S’il fallait choisir un moment mémorable de ta vie de photographe ? 

C’est compliqué, mais quand les loups blancs sont venus autour de moi en Arctique, c’était vraiment fort et puissant. Quand ça fait 8 jours que tu résistes tant bien que mal à des températures autour de -40 °C et que tu vois seulement des traces, tu te demandes ce que tu fous là. Et puis, soudain au loin, alors que t’es prêt à te coucher, tu vois ces loups qui courent sur toi. C’était le plus grand moment de ma vie, je pense, avec la naissance de mon fils.

Photo de couverture : © Simon Munier

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Écrit par
Jérémie Vaudaux
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