Édouard Cortès se sentait fatigué du monde des hommes. Il a donc pris de la hauteur pour vivre dans une cabane perchée sur un chêne. Lui, l’explorateur, le nomade, a passé quatre mois dans une forêt du Périgord noir. De ce voyage immobile est née une BD : Par la force des arbres paru chez Rue de Sèvres. Entretien avec un homme des bois.

Comment t’es-tu retrouvé 6 mois dans un arbre ?
Ça commence avec Cyrano de Bergerac, quand je découvre qu’à la fin de la pièce alors qu’il est à l’agonie et qu’on vient à sa rescousse, il dit : « Ne me soutenez pas ! Personne ! Rien que l’arbre ! ” Alors moi qui ressentais une tristesse intérieure, qui n’arrivais pas à me relever, j’ai vu une lumière et je me suis dit : « Et si, moi aussi, je m’adossais à un arbre ? » Je suis donc parti en forêt dans le Périgord noir où j’ai trouvé un chêne très massif sur lequel j’ai construit à 6 m de hauteur une petite cabane.
Tu as fais une sorte de voyage à cheval sur une branche ?
J’étais installé au niveau de la couronne de l’arbre, et j’ai fait un merveilleux voyage en compagnie des sittelles, des écureuils, des sangliers. Avec ma loupe, j’observais les lichens, la vie dans les mousses ou l’écorce et j’ai découvert un monde microscopique riche et insoupçonné. J’ai fait sans bouger un voyage qui m’a rendu heureux comme mes autres voyages.
On peut faire le tour de ta cabane ?
Par une échelle de corde assez rustique, on grimpe jusqu’à une trappe dans le plancher. Cette trappe est un peu magique, car c’est la porte du rêve. Une fois à l’intérieur, il y a des vitres partout. Un peu comme dans un phare, c’est pour avoir un œil sur la forêt en permanence. Le toit est rond comme celui d’une yourte avec une ouverture au sommet qui permet de sortir pour aller dans les branches supérieures. À l’intérieur, j’ai des petites étagères pour mes vêtements, la réserve de nourriture, une gazinière, un oratoire et un bureau de travail. J’ai conçu aussi une petite terrasse taillée en pointe comme la proue d’un bateau. J’ai passé de très belles heures à observer, méditer, lire et rêver.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le AR N°71, disponible en kiosque et sur notre boutique.
