ENTRETIEN : Jean-Marc Rochette

Mondialement connu pour sa série culte Transperceneige, l’artiste peintre et  dessinateur  Jean-Marc Rochette a quitté crayons et pinceaux au profit de la littérature. Dans son premier récit, Au cœur de l’hiver, il raconte avec talent un hivernage à deux, dans un hameau des Alpes coupé du monde à cause de la neige. Retour sur une aventure humaine et amoureuse.

Pouvez-vous décrire le décor où durant un hiver vous avez vécu avec votre compagne ? 

On est dans le massif des Écrins, entre Gap, Briançon et Bourg d’Oisans. Plus précisément dans la vallée du Vénéon, très encaissée et barrée par de nombreuses avalanches en hiver. Depuis notre hameau des Étages, on voit un 4000, le Dôme de Neige des Écrins. C’est absolument épique comme paysage. Moi, qui ai quand même beaucoup voyagé, je trouve que c’est l’endroit le plus extraordinaire que j’aie pu voir. Par son côté extrêmement sauvage, il pourrait faire penser à l’Afghanistan m’a-t-on dit. Il faudrait que j’aille voir.

Cet endroit est extraordinaire, mais cependant peu fréquenté ?

À la fin du XIXe siècle, la vallée attirait des alpinistes de toute l’Europe. Ils venaient pour gravir la Meije et d’autres sommets. On a donc construit des hôtels. Il faut imaginer qu’à cette époque, c’était un peu l’équivalent de Chamonix ou Zermatt. Mais comme la vallée est austère et sans soleil l’hiver, et que la place manquait pour développer des stations de ski, après que les alpinistes ont fait toutes les premières possibles, elle n’a pas connu le destin illustre de ses consœurs de l’époque. 

© Les Étages Éditions – Jean-Marc Rochette

Aviez-vous besoin de vous reconnecter à la nature après vingt ans passés à Paris et dix à Berlin ?

La vie que je menais était une aberration personnelle. Aujourd’hui, j’ai besoin de cultiver la terre, de voir pousser les choses. J’ai du mal à concevoir l’humanité sans un lien profond avec la nature.

Diriez-vous que vous avez vécu une aventure près de chez vous ?

Oui, c’est pour ça que j’ai voulu écrire ce livre, parce qu’à vol d’oiseau on est à seulement deux kilomètres des Deux Alpes. Dans cette station, en hiver, il y a la foule et une hystérie assez désagréable alors que dans notre vallée on est seuls, sauf quand des guides passent avec leurs clients ou quand de jeunes grimpeurs viennent en quête d’exploits. 

N’êtes-vous pas angoissé à l’idée que le monde court à sa perte ? 

Je vis avec cette idée depuis les années 70, maintenant je m’y suis fait. Mais, hélas, je vois les glaciers disparaître. Au moins 80 % des couloirs que j’ai grimpés dans ma jeunesse n’existent plus.  Ce qui me fait le plus de mal, c’est la perte de la biodiversité. Dans la plus totale indifférence, il s’opère en ce moment un génocide lamentable. Une fois que les espèces disparaissent, c’est fini, elles ne reviennent pas.

Chez vous Aux Étages, à 1600 m d’altitude, votre compagne, Christine Cam, a créé la maison d’édition Les Étages, la plus haute de France. Que publie-t-elle ? 

Outre Au cœur de l’hiver, elle a édité Bestiaire des Alpes avec mes lavis et mes textes, également Lignes de vie un ouvrage sur le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne à Chamonix. Bientôt, sortira un livre du photographe Jérémie Villet et un autre du dessinateur et illustrateur Jules Stromboni, qui adapte Construire un feu de Jack London. Bref, une ligne éditoriale sur la montagne et le rapport à la vie sauvage. Pas d’histoires de mecs qui cherchent du Subutex en banlieue.

Cet entretien est à retrouver dans son intégralité dans le AR N°67, disponible en kiosque et sur notre boutique.

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Écrit par
Sandrine Mercier
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