Les chrétiens cachés au Japon : Jésus à Nagasaki

Kagoshima, été 1549. Un homme venu de la lointaine Europe débarque au Japon. Ce n’est pas n’importe qui : il s’appelle François-Xavier, il a fondé la compagnie de Jésus et c’est un futur saint. Pour l’heure, il est bien décidé à évangéliser l’archipel. Au début, ça ne se passe pas trop mal. Le pays que les Occidentaux nomment alors Cipango a su, au fil des siècles, intégrer le bouddhisme à son shintoïsme initial. Si les Portugais et les Espagnols, ces barbares venus de l’ouest, veulent répandre la parole de leur Jésus, pourquoi pas. On est habitués au syncrétisme. Mais ça se gâte vite. Devant l’expansion fulgurante du catholicisme, le shogun se fâche et le Japon s’enferme dans un isolationnisme qui durera deux siècles et demi jusqu’à l’ère Meiji. Le pays est verrouillé, la religion chrétienne interdite. Ses adeptes sont pourchassés, martyrisés, massacrés. Malgré la répression, de petits groupes résistent, cachés, pour entretenir la flamme biblique.

 

Messe en latin

 

Goto, automne 2018. Yoshihiro Sakai ouvre le cahier noir qu’il vient de sortir de son sac. Il pointe les caractères japonais tracés à la main et se met à réciter sa prière. En latin. « On se transmet ça depuis des siècles, depuis saint François-Xavier », assure-t-il. Yoshihiro est chrétien, mais il ne fréquente pas les églises. Il est l’un des derniers hanare kirishitan, des « chrétiens séparés ». Alors que la liberté de conscience règne depuis belle lurette, Yoshihiro et les siens, une trentaine de familles dans son village ont choisi de conserver leurs rites anciens, à l’abri des regards, comme au temps de la persécution. Yoshihiro nous a invités chez lui, dans sa maison jouxtant le petit port de pêche. Dans une petite pièce où un autel shintoïste voisine avec une statue de la vierge Marie, elle-même située non loin d’une pendule Winnie l’ourson, Yoshihiro revêt son costume d’officiant. Il enfile un kimono par dessus son survêtement Puma et déballe d’un coffret toute une série de chapelets et de crucifix. Yoshihiro est prêtre. Une sorte de prêtre. Il est marié. Il a lui-même baptisé ses trois enfants. Il officie à domicile ou chez les voisins. Ou ailleurs. Mais il ne veut pas en dire plus à ce sujet. « Il y a encore des choses qu’on préfère garder secrètes. » (…)

 

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Photographe : Jérémie Vaudaux
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Écrit par
Julien Blanc-Gras

Né en 1976, Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste-reporter.
Après des études de journalisme à Grenoble, il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.

En 2005, il publie au Diable vauvert, « Gringoland », qui conte un périple latino-américain et sera ensuite lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura.

En 2008, il publie « Comment devenir un dieu vivant », une comédie apocalyptique déjantée, puis « Touriste » en 2011, et « Géorama » en 2014.

Il a également séjourné aux îles Kiribati à l’automne 2011 pour réaliser son livre, « Paradis (avant liquidation) » (2013).

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