Chili : Elixirs du désert d’Atacama

Au beau milieu du désert d’Atacama connu pour être le plus aride du monde, Karin, la Chilienne, et Matthieu, son mari français, accomplissent le miracle de produire des liqueurs à base de plantes endémiques. Qui a soif durant la traversée dudit désert, trouvera ici une oasis pourvoyeuse d’eau-de-vie, ce n’est pas si fréquent.

Soyons clairs. En matière d’aridité, la région autour de San Pedro de Atacama perchée à 3000 m d’altitude est sans rivale. Elle ne reçoit que 0,1 mm de pluie par an, soit 250 fois moins que le Sahara. De quoi défriser un Touareg, cependant pas de quoi décourager arbres, fleurs et arbustes qui en dépit de l’adversité s’évertuent à pousser dans quelques lieux. « Ils ont permis à nos ancêtres de survivre », commente Karin, en désignant un panier rempli de petits fruits secs et dorésen cours de séchage. Cette Atacamène pure souche s’apprête à les trier avec son mari, pour ensuite les faire macérer dans de l’eau-de-vie pendant plusieurs semaines. Et d’ajouter : « Ils ont un goût de datte sèche et proviennent des chañars, ces arbres, là-bas dans le jardin, dont les troncs sont cuivrés et les fleurs d’un jaune si éclatant. »

© Reno Marca
Les tourments de l’eau

Plus loin, on voit des poiriers qui donneront bientôt des peras de Pascua très sucrées et récoltées à Noël. Dans le désert qui les encercle, le couple récolte les feuilles de rica-rica, un arbuste sauvage anciennement utilisé par la médecine traditionnelle. « C’est une plante à la croissance très lente et dont la ressource est limitée, par conséquent sa cueillette exige le plus grand soin. »  Dans cet environnement si fragile, il faut évoquer la question de l’eau. La région subit elle aussi les tourments du dérèglement climatique auquel s’ajoutent ici un nombre croissant de touristes et la présence de mines tentaculaires qui siphonnent les ressources en eau au détriment des habitants pour puiser le lithium et le cuivre, grandes richesses du pays.

À déguster avec modération 

Quatre liqueurs sont aujourd’hui élaborées dans leur atelier : la Tchainar à base de chañars, la San Pedrina avec la poire de Noël, le Rico Rico avec la rica-rica (une première nationale), et un savoureux Lickancello, soit un limoncello élaboré avec des citrons de la région de la Serena Rica. Le tout avec une eau-de-vie de céréales qui vient de Santiago.

Qui a eu cette idée folle ? 

Tout a commencé avec un tour du monde. Matthieu, une fois ses études achevées, entreprend de sillonner la planète et passe par le Chili en 2009. À Santiago, il rencontre Karin et c’est l’amour fou. Elle le rejoint alors en France où Matthieu exerce le métier d’avocat et elle celui de créatrice de bijoux. Quand en 2016 le père de Karin décède, se pose la question de l’héritage. « Il laissait derrière lui un grand verger à San Pedro de Atacama. Je ne voulais pas que tout cela disparaisse avec lui », confie Karin.

Matthieu qui a été bercé par la douce acidité des citrons de Menton, la liqueur à la verveine de ses parents ou le génépi de ses montagnes, pense alors qu’ils pourraient se lancer dans la fabrication de liqueurs. Un peu de recherches sur le processus de macération, un zeste de folie, un retour au Chili, beaucoup de travail et l’entreprise familiale Don Mateo naît en 2020.

Nous sommes les premiers producteurs de liqueurs indigènes de San Pedro de Atacama.  

Trois ans plus tard et malgré le passage du Covid, ils produisent environ 6000 bouteilles par an et accueillent désormais les visiteurs dans une boutique située dans le cœur historique de San Pedro de Atacama. Ils peuvent affirmer « Nous sommes les premiers producteurs de liqueurs indigènes de San Pedro de Atacama. » Quelques semaines après notre rencontre, nous recevons un message enjoué de Matthieu : leur Rico Rico a gagné une médaille d’or à Catad’or, le concours de vins et liqueurs le plus prestigieux d’Amérique Latine ! Une belle récompense qui prouve une fois encore que nul ne peut prédire jusqu’où un tour du monde peut vous mener. 

Pratique

Où déguster la liqueur ? 

Licores Don Mateo : au cœur de San Pedro de Atacama, dans la petite cour au no 360 sur Caracoles, on peut déguster tous les jours de 14h00 à 20h00.

Tél. : +56 920 32 17 30

À faire avant la dégustation

Les excursions ne manquent pas : geysers, salars, lagunas… Le plus dur étant de trouver la plus tranquille. Assurément, l’ascension avec guide du Volcan Tatio (5 600 m) vous garantira grand air (en respirant doucement) et paix.

À faire après

Visiter l’observatoire astronomique de l’Alma. Le ciel est ici l’un des plus purs au monde. 

La messe est l’unique occasion de visiter l’église San Pedro de Atacama, la seconde plus ancienne du pays édifiée en 1557.

Et pour accompagner ? 

La San Pedrina (poire) avec une boule de glace, le Lickancello sur des meringues, le Rico Rico  flambé sur une crêpe ou en digestif après une parilla (grillades)

Buvons moins con

La rica-rica est un arbuste aromatique altiplanique qui pousse entre 2400 m et 3500 m. 

Le chainar est le nom en kunsa (langue de l’ethnie atacamène) du chañar.

Les Atacamènes (en espagnol) sont les principaux « indigenos » de la région de San Pedro. En kunsa, leur langue d’origine, ce sont les lickanantay.

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Écrit par
Claire et Reno Marca
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