Bosnie – Retour à Sarajevo

« La France a ses champs de lavande, la Hollande ses champs de tulipes, à Sarajevo, nous avons des roses », déclare tranquillement notre guide Ena sur le parvis de la cathédrale de Sarajevo où pourtant aucune fleur ne pousse. Devant notre étonnement, elle poursuit : « En fait, vous marchez dessus. Regardez toutes ces taches rouges sur les trottoirs. Ce sont des impacts laissés par les obus serbes que l’on a enduits d’une résine rouge. Leur nom : les roses de Sarajevo. » Un peu de poésie est bienvenu pour panser les plaies de la guerre durant laquelle 470 000 obus sont tombés sur la ville, soit 330 par jour de siège. Plus loin sur la rue piétonne Ferhadija, il faut encore baisser le regard pour lire sur les dalles grises une grande inscription peinte en blanc : « Sarajevo meeting of cultures ». Elle forme une ligne symbolique entre l’Est et l’Ouest, entre d’un côté les clochers néogothiques, les façades baroques des bâtiments austro-hongrois et les enseignes mondialisées, de l’autre les édifices ottomans, mosquées, caravansérails et autres petites ruelles du quartier de Baščaršija qui sentent bon le café turc fraîchement torréfié. Ce quartier nous rappelle que les Ottomans ont fondé Sarajevo en 1461 et en ont été chassés quelque 400 ans plus tard par les Autrichiens. Cosmopolite, la ville fut longtemps surnommée la Jérusalem de l’Europe, en raison des mosquées, des synagogues et des églises chrétiennes qui s’y concentrent. Aujourd’hui, elle est peuplée à 90 % de musulmans contre à peine 50 % avant 1992. C’est un islam tolérant. Les cafés proposent de l’alcool et l’on ne s’arrête pas de travailler pour prier. Cependant les Arabes du Golfe, qui investissent à Sarajevo depuis quelques années, cherchent à islamiser l’identité bosniaque. (…) La suite dans AR50 

Photographe : Didier Bizet
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Écrit par
Sandrine Mercier
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