Sur la zone 51, territoire le plus secret de la planète

Zone 51, territoire le plus secret de la planète

La Zone 51, 155 km2 en plein désert du Nevada

 

Quel est l’endroit le plus secret de la planète ? La bibliothèque du Vatican ? Non. Les geôles de Guantanamo? Non. Les toilettes de Kim Jong- un à Pyongyang ? Toujours non. Fort Knox dans? On se rapproche. Nevada? Bingo! Précisément la Zone 51, soit un territoire de 155 km2 en plein désert à une centaine de kilomètres au nord de Las Vegas. Un territoire situé sur la plus grande base de l’US Air Force, Nellis.

 

La Zone 51 ne figure sur aucune carte routière. Zoomez sur Google Maps et vous ne verrez que du blanc (avec un peu de beige pour les reliefs). Dans le genre coin paumé, l’État du Nevada n’est pas mal du tout. Les Américains vont uniquement dans sa ville champignon, Vegas, afin de rejouer « Very Bad Trip ». Pour s’y rendre de San Francisco, c’est le parcours du combattant : traversée du parc de Yosemite, aux sommets souvent enneigés, puis de la Vallée de la mort, le point le plus bas du pays – et le plus aride, avec son lac de sel surnommé « le terrain de golf du Diable ».

 

Terrain d’entraînement ou zone nucléaire irradiée ?

 

Officiellement, l’Area 51 n’a jamais existé – du moins jusqu’en 2013, quand la CIA fut contrainte de révéler son existence. Il est strictement interdit de survoler la zone. Et bien sûr de la photographier. Des gardes armés sillonnent les environs en jeep, les hélicoptères font des rondes régulières et les chemins d’accès sont truffés de capteurs. Officieusement, la base sert à tester avions furtifs, prototypes d’armes de destruction massive et autres projets « noirs » classés « secret défense ». Je m’en suis approché un jour sans le vouloir. En quittant l’impitoyable Death Valley, j’avais bifurqué par erreur sur la route 95. Je me suis retrouvé à longer des clôtures électrifiées sur des dizaines de kilomètres. Entre les grillages, doublés de barbelés, un no man’s land visiblement miné. Le décor, peu hospitalier, me rappelait le repaire du méchant dans un James Bond. Je me demandais de quoi il s’agissait : terrain d’entraînement ou zone nucléaire irradiée ?

 

Warning, No Trespassing, Restricted Area, Bombing…

 

Les panneaux rouges n’incitaient pas vraiment à traîner dans les parages : Warning, No Trespassing, Restricted Area, Bombing… Au programme pour le contrevenant : 1000 $ d’amende et six mois d’emprisonnement. L’endroit a été surnommé Dreamland, allez savoir pourquoi. On ne peut rêver mieux pour nourrir les fantasmes des complotistes. Les légendes vont bon train : un faux lac, Groom Lake, abriterait les soucoupes volantes scratchées à Roswell… Ce qui expliquerait l’avancée technologique américaine : ici furent, paraît-il, conçus le micro-ondes, la puce informatique, le teflon, le kevlar, le vibromasseur (là, je blague)… On y conserverait aussi des corps d’aliens, morts ou vifs, on ne sait pas…

 

Voilà pourquoi la route 375, rebaptisée Extraterrestrial Highway par l’État du Nevada pour attirer les touristes, est le lieu de prédilection des chasseurs d’ovnis, armés de binoculaires infra rouge. En contournant la Zone, j’ai croisé des frappadingues en tous genres, comme ce vieux hippie qui créchait dans un mobile home jaune banane couvert d’autocollants pacifistes. Certains le soupçonnent d’être un indic de la NSA. La Zone 51 rend parano. Est-ce par hasard si une patrouille de police m’a ordonné de me garer sur le bas côté alors que j’approchais de Las Vegas ? Le shérif avait une tête de lapin replet. Il ne souriait pas, ses zygomatiques devaient être nécrosés.

 

Il m’a demandé ce que j’avais fait du côté de la Zone 51. Quand je lui ai répondu que je m’étais perdu, il ne m’a pas cru.

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Tristan Savin * TDCDM (Trous du cul du monde)

Tristan Savin, écrivain bourlingueur, s’amuse à dénicher les lieux improbables. Son dernier livre : Les trous du cul
du monde (Arthaud, 2016)

 

Photographe : Thomas Chéné
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Écrit par
Tristan Savin

Tristan Savin, écrivain bourlingueur, s’amuse à dénicher les lieux improbables. Son dernier livre : Les trous du cul
du monde (Arthaud, 2016)

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