États-Unis : Ça roule à Détroit

Sans Détroit, les voitures ne seraient pas les mêmes, la musique ne serait pas la même, la culture ne serait pas la même. Détroit, la ville du Michigan qui a connu splendeurs et misères au cours de son existence mouvementée est toujours bien là, « alive and kicking ». 

Histoire de Motor city 

Surnommée « Motor City », la ville a vu naître l’industrie automobile au début du XXesiècle dans le sillage d’hommes tels qu’Henry Ford. En 1908, dans l’usine Piquette, il réalise sa grande ambition : sortir une voiture fiable pour le plus grand nombre. Vendue au prix de 500 dollars, la Model T est à la portée des ouvriers qui la fabriquent. C’est révolutionnaire, tout comme les chaînes d’assemblage qui permettent d’accroître la productivité, la production et donc les profits.

Ford Rouge Factory, Détroit © Maïté Baldi

Dans les années 60, la ville devient la cinquième plus grande ville américaine. Puis vient le temps des crises à partir des années 70 (chocs pétroliers, concurrence japonaise et européenne, crise financière de 2008…). Les Big Three (Ford, General Motors et Chrysler) dégustent et dégraissent. Un redéploiement industriel déjà engagé au profit de la périphérie s’accentue aux dépens de Détroit qui perd, en masse, emplois et habitants.

Balade dans la ville de Détroit © Maïté Baldi

Entre 1950 et 2020, elle perd plus de 1,1 million d’habitants, soit 64 % de sa population pour tomber à seulement 670 000 habitants. Bien malgré elle, Détroit devient une « shrinking city », soit une ville qui rétrécit. Privée de revenus, de recettes fiscales et d’investissements, elle se délabre, se couvre de ruines et se déclare finalement en faillite en 2013. 

Detroit renaît de ses cendres

Detroit envisage désormais le futur avec optimisme à l’image de l’emblématique Wurlitzer Building dans le centre-ville. Abandonné pendant des décennies et menaçant de littéralement s’écrouler, le bâtiment de 13 étages qui hébergeait l’entreprise Wurlitzer mondialement connue pour ses pianos et ses orgues, s’est métamorphosé en un très chic boutique hôtel. Dans le hall, un vestige de l’ancien plafond a été préservé comme témoin des temps difficiles.

Michigan Central Station, Détroit © Maïté Baldi

Autre exemple, Michigan Central Station (1913) après avoir été le symbole de la puissance industrielle de la ville est abandonnée en 1988. À l’agonie, livrée aux pillages et au vandalisme, la gare de style Beaux-Arts échappe de justesse à la destruction. Longtemps sa gigantesque silhouette hantera les Detroiters, leur rappelant combien ils sont tombés bas. Jusqu’au jour de 2024 où à l’issue de 6 années de travaux faramineux — on va jusqu’à réexploiter une carrière de calcaire fermée depuis des années pour retrouver la même pierre —, la gare rouvre au public sans les trains, mais dans toute sa magnificence restaurée. Merci à Ford qui a financé et dirigé le projet en fédérant une multitude d’énergies.

L’art qui guérit

Dans la rue Heidelberg, on croit dans un premier temps être sujet à des hallucinations en voyant une grande maison toute tachetée de pois jaunes, rouges, bleus, verts… Autour, sur le trottoir, sur les pelouses, dans les arbres, s’étale un bric-à-brac d’objets de récup des plus variés, des plus saugrenus. Derrière cette improbable exposition à ciel ouvert on trouve Tyree Guyton qui a grandi à Heidelberg. La maison façon dalmatien multicolore est la sienne.

Maison Heidelberg , Détroit © Maïté Baldi

Tout a commencé en 1986. De retour dans son quartier de McDougall-Hunt, il découvre qu’il est gangrené par la drogue, la violence et la pauvreté. Que fait alors Tyree ? Il nettoie, il collecte des trucs et des machins, les assemble, les disperse, il invente, il peint, il crée un espace à part, foutraque et poétique avec l’objectif de redonner de l’espoir, de la fierté et in fine de lutter contre les injustices. Et ça marche ! L’art ressoude la communauté qui s’implique dans le projet Heidelberg. Un endroit qui n’avait aucune raison de figurer sur la carte touristique et qui attire pourtant une foule de visiteurs. 

Street-art à gogo

Elton Monroy Duran et son art © Maïté Baldi

Elton Monroy Duran est un artiste américano-mexicain installé à Detroit depuis 2014. Dans Mexican Town, on peut voir plusieurs de ses fresques ainsi que ses alebrijes (créatures fantastiques du folklore mexicain) qu’ils sculptent en se servant de pièces de voitures. Une façon de rendre hommage aux Mexicains qui participèrent à l’essor de l’industrie automobile en travaillant dans les usines.

La Motown débarque

Motown Museum, Détroit © Maïté Baldi

En route pour le Motown Museum, dans la maison même où fut créé l’un des plus grands labels de musique par Berry Gordy. Le fondateur de la Motown (contraction de Motor Town) fait naître des carrières inoubliables dans un son caractéristique, un mélange de jazz, soul, et rhythm & blues. il transforme de jeunes talents en véritables légendes. On lui doit par exemple Marvin Gaye, Stevie Wonder, Diana Ross, The Supremes, Smokey Robinson, The Miracles, The Jackson Five, Michael Jackson… 

Pratique

Y aller 

A/R direct Paris CDG — Detroit (8 h) avec Delta Airlines à partir de 900 €.

Se déplacer 

Le métro aérien (Detroit People Mover) fait le tour du centre-ville (Downtown) gratuitement. La ligne de tramway Q-line dessert Midtown gratuitement aussi.

Dormir

Hotel David Whitney, Autograph Collection. En face du Grand Circus Park, le David Whitney Building (1915) de style néo-classique impressionne par sa haute stature. Mais il impressionne encore plus quand on pénètre dans son vaste atrium ! Longtemps fermé, le bâtiment a rouvert après réhabilitation et accueille un hôtel au charme discret.

Manger

Eastern Market, Détroit @ Maïté Baldi

Fred’s. À proximité de l’Eastern Market, un espace lumineux où s’épanouissent les bobos en quête de sandwichs ou de toasts garnis de délicieux produits choisis semble-t-il autant pour leur goût que pour leur couleur.

Visiter

Ford Piquette Avenue Plant. L’usine d’où est sortie la fameuse Ford Model T. Présentation d’un documentaire et visite guidée entre le bureau d’Henry Ford et l’espace où sont exposées une soixantaine d’anciennes voitures.

Ford Rouge Factory. Visite exceptionnelle d’une usine historique en pleine activité qui à son pic employait 100 000 personnes. Dans un bâtiment dédié au pickup F150, on chemine sur une passerelle suspendue au-dessus des chaînes d’assemblage sur lesquelles les ouvriers chacun à leur poste effectuent leurs tâches sans faiblir. Aussi instructif qu’immersif.

Detroit Institute of Arts. Un musée de référence dont les superbes collections vont de l’antiquité à nos jours. Voir en particulier celles consacrées à l’art afro-américain et amérindien (Native American). Voir aussi les 27 fresques (Detroit Industry Murals) peintes en 1932 par Diego Rivera sur les 4 murs d’une immense salle. Financées par Edsel Ford, elles illustrent l’activité des industries automobile, pharmaceutique, médicale et chimique. L’artiste les considérait comme faisant partie de ses meilleures œuvres.

Motown Museum. La maison où Berry Gordy vécut avec sa famille, créa le label Motown. Où sera enregistrer dans le studio installé au sous-sol les tubes des Supremes, Marvin Gaye, Stevie Wonder… À la fin de la visite guidée, préparez-vous à chanter en chœur My Girl des Temptations.

Heidelberg projet © Maïté Baldi
Heidelberg project.

Depuis 40 ans, Tyree Guyton transforme son quartier à l’abandon en une œuvre d’art. Il récupère des objets divers et variés qu’il assemble, empile, détourne, peinturlure… et expose en plein air.

Michigan Central Station. Créée en 1913, la colossale gare de Détroit a fermé en 1988. Puis elle a été abandonnée et livrée au vandalisme jusqu’à son rachat par Ford en 2018. Rénovée, elle accueille un centre d’innovation, un espace de co-working, des restaurants et des boutiques. Un hôtel Hilton devrait dans le futur occuper les 5 derniers étages.

Plus d’infos pour organiser votre voyage : visitdetroit.com

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Écrit par
Michel Fonovich
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