La Nouvelle-Orléans, c’est un air de trompette, une fanfare de jazz en goguette, le parfum des magnolias, un nom français entrevu dans la rue, un « Hello, how are you doing ? » lancé avec un sourire, des nuits qui ouvrent grand leurs bras. Autant de bonnes raisons pour passer un séjour très cool.
Le berceau du jazz
Qui dit jazz, dit forcément La Nouvelle-Orléans ? C’est là qu’il est né à l’issue d’un lent et complexe processus. En vertu d’une généreuse disposition du Code Noir instauré en 1724 par les Français les esclaves africains étaient dispensés de travailler les dimanches. Ils en profitaient pour se réunir sur un terrain utilisé à l’origine par les Indiens Houmas, et connu aujourd’hui sous le nom de Congo Square. Ils avaient même, les veinards, le droit d’y jouer de la musique comme bon leur semblait. Au rythme des percussions, ils dansaient donc la bamboula, la calinda, le congo… Ainsi, les musiques traditionnelles africaines furent préservées. Ainsi, elles purent se frotter à la culture très cosmopolite de La Nouvelle-Orléans.

En effet, celle qui fut française puis espagnole puis très brièvement française avant de devenir américaine en 1803, fut la plus grande ville du Sud et le plus grand port d’entrée aux États-Unis jusqu’à la guerre de Sécession. Du monde entier, les gens sont venus à Nola et ont laissé quelque chose de leurs traditions musicales. Et c’est sur ces bases foisonnantes que le jazz est apparu au tournant du XIXe et du XXe siècle, engendrant à son tour le rhythm and blues et le rock‘n’roll dont les premières chansons furent enregistrées à partir de 1947 au studio J & M à seulement 400 m de Congo square.
Le musée du jazz
Installé dans l’ancien hôtel des monnaies, le musée du jazz expose le premier cornet à piston de Louis Armstong, dit « Satchmo ». Si sa carrière l’amène à s’installer à Chicago puis à New York, il n’oublie jamais sa ville natale. Ne chantait-t-il pas Do you know what it means to miss New Orleans ?

Un autre instrument ne manque pas de se faire remarquer dans le musée. Il est massif, il est tout blanc, c’est un piano Steinway. « Il appartenait à Fats Domino, explique Taslya Mejia, directrice des relations internationales. Lorsque Katrina a inondé la ville, Fats a pu fuir sa maison dans un hélicoptère des garde-côtes, mais son piano, lui, est resté et a passé quelques semaines sous trois mètres d’eau. Récupéré en piteux état, il a été stocké pendant six ans avant d’être restauré. Et le voici, maintenant, exposé chez nous. On est ravis. » Et ils ont de quoi étant donné qu’Antoine Domino (1928-2017), surnommé Fats (le gros), est une légende. Pianiste et chanteur exceptionnel, il a contribué à inventer ce qui est devenu le rock’n’roll.
Une virée à Bourbon Street
La Nouvelle-Orléans on la connaît aussi sous le surnom de Big Easy, clin d’œil à l’atmosphère très cool qui y règne. Bourbon Street avec ses enfilades de bars, de restaurants, de clubs de jazz, de rock, de strip-tease est sans doute la plus célèbre rue du quartier. Des fanfares tous cuivres dehors ambiancent la rue, s’arrêtent, jouent, font passer le chapeau et repartent.

Les meilleurs clubs de la ville sur Frenchmen Street
L’alternative à Bourbon Street se trouve dans le quartier de Marigny accolé au French Quarter. Changement de décor. Ici, les maisons (cottages) souvent de plain-pied sont en bois et peintes dans une couleur pastel. La palette est large comme on dit. Sentiment d’être dans les Caraïbes. Sur Frenchmen Street, les meilleurs clubs de la ville jouent des coudes : Snug Harbor, The Spotted Cat, Blue Nile, The Maison, Bamboula’s … Par les portes et fenêtres ouvertes, les notes de jazz fusent, s’entrechoquent, excitent les esprits.


© Nicolas Leblanc | item
Nos 3 clubs préférés
Tipitina’s. Salle de concert mythique où sont passés tous les grands. Fats Domino y a donné son dernier concert en 2007. Il en reste un album live Fats domino at Tipitina’s. Gratuit le vendredi soir.
Preservation Hall. Des papys pleins de gnaque font trembler les vieilles planches de cette petite salle de concert dans son jus. Ça discute, ça branche, ça rigole et ça joue !
Fritzel’s European Jazz Pub. Un club très sympa où on ne s’étonnerait pas de croiser Woody Allen. À l’étage, un speakeasy auquel on accède par une porte dérobée.
Rendez-vous dans le bayou
De bon matin, laissant derrière nous la ville, nous roulons une demi-heure jusqu’à Luling. Là, au bord du bayou nous attend Zach pour une virée en airboat (hydroglisseur). On se faufile dans la forêt à première vue impénétrable. Autour de nous, des arbres gigantesques brandissent juste au-dessus de nos têtes leurs branches frangées d’une mousse filandreuse qu’on appelle mousse espagnole.


© Nicolas Leblanc | item
Zach immobilise l’embarcation. Alligator, où es-tu ? En fait, il se planque. En dépit de son imposante corpulence (jusqu’à 5 m de long et 230 kg) et de mâchoires hérissées de 80 dents très pointues, alligator mississippiensis est un timide, voire un peureux. Pour l’attirer, Zach émet quelques grognements, tape sur la coque. Voilà qu’ils rappliquent. En guise de récompense, il leur jette quelques chamallows. Puis, il accroche des bouts de poulet au bout d’une canne. See you later alligator !
Pratique
Y aller
A/R quotidien Paris – La Nouvelle-Orléans via Boston avec jetBlue. Les prix commencent à moins de 700 €. Encore peu connue en France, jetBlue a été créée en 2000 à New York. Au départ de Paris, elle dessert plus d’une centaine de destinations aux États-Unis et aux Caraïbes en faisant escale à New York ou Boston. Flotte exclusivement constituée d’Airbus. Beaucoup de place pour les jambes, même en classe éco. Wifi gratuit.
Dormir
The Barnett. Magnifique bâtiment Art déco à la déco subtilement rétro. Du bois, du cuir, des courbes contribuent à créer une ambiance chaleureuse. Chambres spacieuses avec frigo années 50, platine vinyle… Situé dans le Warehouse district, à une vingtaine de minutes à pied de Bourbon street.
The Eliza Jane. L’hôtel est réparti sur plusieurs bâtiments du XIXe s. reliés entre eux. L’un abritait une imprimerie. Les vieilles briques rouges de la cour témoignent de ce passé industriel. Ailleurs, c’est le grand chic du sol au plafond avec une inclination pour le mobilier d’antiquaire. Couvant, la brasserie de l’hôtel, est un must. Près du French Quarter.
Manger
Café Beignet. Pourquoi se contenter de saupoudrer les beignets de sucre glace quand on peut les ensevelir sous une copieuse couche ? Idéal pour un petit-déjeuner ou un goûter gourmand. Et on peut manger autre chose que des beignets.
Galatoire’s. Sur Bourbon Street, une institution dans laquelle on n’entre pas sans porter une veste. Les serveurs sont un tantinet cérémonieux. Du crabe, des écrevisses, des huîtres, de la tortue… à la mode créole. Jubilatoire !
Brennan’s. Depuis 1946, ce vénérable restaurant situé dans le Vieux Carré rend hommage à la cuisine créole avec style. Tous les serveurs, barmans portent une cravate de soie rose.
R’evolution. Un écrin pour une rencontre au sommet entre les cuisines cajun et créole. La Louisiane a du goût et R’evolution le clame avec talent.
Seaworthy. Une cuisine de bistro inspirée par les merveilles pêchées dans les eaux du golfe du Mexique. Small bites et Large bites. Les cocktails surprennent agréablement. Personnel très sympa. Le resto dépend du Barnett.
À faire, à voir
Tours by Isabelle. Isabelle est française. Venue en Louisiane pour enseigner le français, elle a pris racine et a fondé il y a une quarantaine d’années cette agence qui propose pour des petits groupes des tours en anglais et français dans les marécages, les plantations et la ville.
The Sazerac House. 4 en 1 : musée, distillerie, espace de dégustation, et épicerie. On apprend l’histoire du Sazerac qui est devenu le cocktail officiel de NOLA, plus largement l’histoire des débits de boisson dans la ville, on déguste et si on a aimé, on repart avec une ou plusieurs bouteilles.
The Historic New Orleans Collection. Dans le French Quarter, un musée gratuit qui raconte l’histoire de NOLA à travers une collection permanente et des expositions.
Houmas House. Au milieu du XIXe s., la plantation qui possédait 800 esclaves était le plus grand producteur de sucre d’Amérique. On ne s’étonnera donc pas de la magnificence de la maison Greek Style et de la splendeur du jardin.
Plus d’infos
New Orleans & Company. Pour organiser son voyage en amont et sur place. Toutes les infos pour sortir, boire, manger, visiter.
Un reportage est à retrouver dans AR N°71, disponible en kiosque et sur notre boutique.
