Rencontre avec Yann Quenet, le Mac Gyver de la mer

Ça y est, le plus valeureux des marins vient de larguer les amarres pour une longue traversée solitaire à bord de son fidèle Baluchon….Mais revenons un peu en arrière pour mieux connaître ce navigateur qui n’a pas peur et pour cause, il a un nom bien breton, je vous présente Yann Quenet.

Petit échange, entre deux ports à l’autre bout du monde, avec le marin qui a le plus impressionné l’Amiral Kersauson en personne selon ses dires, excusez du peu ! Yann a en effet décidé de tenter un exploit encore jamais réalisé, à savoir traverser les Océans à bord de son petit voilier de quatre mètres de long… Un rêve de gosse devenu réalité après trente ans de cogitations, de navigations et surtout l’envie de fabriquer soi-même son bateau.


Mais pourquoi un bateau de 4 mètres ? “Car petit bateau signifie petit problème” me répond-il avec son éternel sourire d’enfant ! Car ce quinquagénaire extraordinaire a gardé son âme de jeunesse et c’est ça qui le différencie peut-être encore plus des autres marins au long cours. Solitaire mais toujours entouré, il faut aussi avoir un mental de fer, ou plutôt de mer pour s’attaquer à une telle aventure. Mais sous ses airs naïfs et joueurs, Yann a pris le temps de réfléchir à son embarcation qu’il a voulu à l’image des ses chaloupes de sauvetage insubmersibles que l’on retrouve sur les grands paquebots. Ainsi son Baluchon, comme il l’a bien nommé, se comporte comme une bouteille à la mer et roule comme elle au gré des vagues avec bien entendu une drôle de sensation pour le marin qui n’a pas le mal de mer heureusement pour lui !
“Je n’ai jamais été malade, même si je me suis bien fait secoué aux abords des côtes. Par contre j’ai été intoxiqué à force de rester enfermé dans un si petit espace…un comble quand on pense que je traverse les océans sur un voilier pour prendre le bon air iodé.”


Le départ de cette folle épopée a démarré en avril 2019 à Lisbonne, après une première tentative quelques années plutôt qui s’était terminée au fond de l’eau avec son premier prototype Skrawl…. Une nouvelle quille, quelques modifications sur une autre coque et voilà Baluchon prêt à repartir à l’assaut des courants. Aujourd’hui, le petit bouchon a traversé l’Atlantique, le Canal de Panama et le Pacifique jusqu’à la Nouvelle Calédonie qu’il vient de quitter vendredi 7 Mai pour rejoindre l’île de la Réunion, soit une traversée de 80 jours ! Seul dans un espace à peine plus grand que deux baignoires au milieu de nulle part et confronté aux éléments…chapeau l’artiste. Alors à la question “Tu ne t’ennuies pas tout seul à bord ?”, il répond ” Non, j’ai une liseuse avec 7000 bouquins, je contemple, je rêve et le plus important est de bien s’apprécier soi-même …et je trouve que je suis de bonne compagnie alors tout va bien“. Et quand je lui demande ce qui lui manque, la réponse est toute simple “Rien“. Faut dire que ce breton a comme tous ses homologues côtoyé le milieu de la mer très tôt et même s’il est autodidacte, il a déjà navigué sur une frégate en bois de neuf mètres, sur laquelle il a effectué un tour de l’Atlantique en 2008/2009. Il est donc habitué à de longues périodes de silence et de contemplation.

Il aurait pu avec son expérience et le goût du design et de la conception prendre la voie de la compétition ou de l’entreprenariat mais il n’a pas l’esprit et comme il le dit
On navigue sur la même mer mais on ne joue pas dans la même cour, on ne vit pas dans le même monde“. Et puis il y a ce côté business et économique qui ne va pas avec le personnage qui préfère plutôt se débrouiller avec ses petites économies qui lui ont permis de construire son voilier pour la modique somme de 4000€ ! C’est un vrai Géo “trouvetout”, voire le Mac Gyver de la mer. Il a par exemple changé ses lattes de voiles par des tuyaux en plastique car celles qu’il avait commandées étaient cassées. Enfin la solidarité entre marins n’est pas un vain mot et à Tahiti par exemple certains se sont cotisés pour lui acheter une nouvelle voile et un peu d’électronique.

A bord, pas la place pour le confort, mais tout a été pensé pour vivre en toute sécurité avec le minimum vital et par exemple une petite bâche au dessus de la tête lui permet de récupérer l’eau de pluie car c’est bien connu, en mer, le principal danger c’est de manquer d’eau ! Et il complète par “…les hommes aussi“. On comprend mieux son désir de s’isoler sur son petit radeau. Et quel meilleur endroit pour s’échapper de cette pandémie mondiale ! Ainsi quand il est arrivé aux îles Marquises en Mai 2020, sa première envie au moment de débarquer était de s’offrir un gros steak frites bien mérité mais très vite les autorités locales lui ont interdit d’assouvir son désir à cause d’un virus ! Un retour sur terre très frustrant.


Mais pour le moment, c’est tout le contraire car Yann est à la barre de son joli Baluchon pour au moins deux mois et demi de solitude, sans connexions, avec comme seule autorité la météo. Il va avoir du temps, beaucoup de temps pour encore et encore réfléchir à de nouveaux projets car cet homme là fourmille d’idées et passe son temps à dessiner des bateaux. Et quand je lui demande ce qu’il compte faire à son retour à St Brieuc, il me répond “…Me faire de bons repas, revoir mes amis, rigoler puis dessiner et construire des bateaux dans mon atelier qui sera sûrement poussiéreux. Et parmi la dizaine de projets, j’en ai un qui est un peu fou car il concerne un voilier de … 6 mètres !” Comme quoi, à grand marin, petit voilier valeureux pourrait être sa devise. Et tu partirais vers où cette fois-ci ? “Je changerai de latitudes, car là avec Baluchon je suis les alizées donc la mer est relativement tranquille alors que j’aimerai plus tard me risquer vers l’Irlande, l’Islande là où les vagues sont plus hautes donc il me faudra deux mètres de plus pour les affronter“.
…Mais ça c’est une autre histoire alors d’ici là bon vent Yann et rendez-vous en Bretagne pour une bonne chope de cidre car tu le vaux bien sacré marin !

https://www.facebook.com/yann.quenet.5

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Écrit par
Olivier Caillaud
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