Jean Rolin – Écrivain au pied marin

 

Jean Rolin se dit casanier. Ça nous fait doucement rigoler, lui l’écrivain, le reporter qui a voyagé partout avec une attirance pour les lieux à la marge où les hommes ne font que se débattre contre un sort absurde. Nous l’avons rencontré à Saint-Malo, face à la mer si omniprésente dans sa vie et dans son œuvre.
 
 
 
Vous auriez pu naître à Dinard ?
 
Dans un opuscule publié par les Éditions de la Table Ronde, je prétends être né de ma grand-mère à Dinard à l’âge de trois ou quatre ans. Fantaisie ! Pour l’excellente raison que comme tout le monde je suis né de ma mère et en l’occurrence à Boulogne-Billancourt. Mais j’ai passé les premières années de ma vie à Dinard avec ma grand-mère pendant que mes parents et mon frère étaient à Brazzaville. Je pense de manière pas très originale que ma relation à la mer vient de cette enfance. Les premières années, il me semble que ça compte!
 
 
Elles ont marqué Chateaubriand en tout cas qui est né juste en face à Saint-Malo.
 
Elles ont marqué Chateaubriand et moi ! Je ne prétends pas comme lui être venu au monde une nuit de tempête annonciatrice des tempêtes qu’allait connaître ma propre vie, mais l’atmosphère particulière de l’anse de Dinard au milieu des années 1950 m’a beaucoup marqué. Cette relation aussi un peu particulière avec ma grand-mère, institutrice à la retraite qui à ce titre avait le droit de me délivrer un enseignement qui me dispensait d’aller à l’école. 
 
 
Vous avez reçu en mai le Prix Gens de mer à Saint-Malo.
 
Je suis content de l’avoir reçu sur le pont d’un chalutier de grande pêche. L’ironie, c’est que je n’ai jamais parlé de grande pêche. Mais j’ai vu depuis la passerelle d’un porte-conteneur les malheureux pêcheurs qui sont jetés d’un côté et de l’autre dans des conditions très dures. Tout ce dont on peut souffrir en mer à savoir l’agitation du bateau, l’instabilité du sol, les odeurs de gasoil ou de poisson est décuplé avec la pêche. Mais je pense que je vais m’offrir une session de grande pêche un de ces quatre. Je me dis que cela manque à ma collection d’expériences de la mer ! 
 
 
L’appellation d’écrivain-voyageur vous convient-elle ?
 
Non, elle me broute un peu. La pure littérature de voyage ne m’intéresse que peu. C’est un genre limité qui ne comprend que quelques chefs-d’œuvre qui sont toujours britanniques. Ce sont les maîtres du genre. J’ai beaucoup de considération pour Wilfred Thesiger qui a écrit notamment Le Désert des Déserts. Il est un des premiers à avoir traversé entièrement le grand désert saoudien. Quant à moi, je suis un écrivain qui voyage, ce qui est assez banal et pas une nécessité. Comme chacun le sait, Proust voyageait peu et c’est quand même l’un des meilleurs. Moi, j’ai toujours voyagé, car j’exerçais jusqu’à il y a une dizaine d’années le métier de reporter.  Je tiens à faire observer que la moitié de mes livres se déroulent dans les limites de l’Hexagone, certains dans la périphérie parisienne, d’autres dans des zones portuaires. Calais, Dunkerque, Saint-Nazaire m’intéressent autant que les îles lointaines. (…)
 
 
 
 
 
Photographe : Hélène Bamberger
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Écrit par
Michel Fonovich
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