Edgar Morin – Amoureux du monde

À 98 ans il est l’intellectuel français le plus reconnu à l’étranger, docteur honoris causa de 28 universités à travers le monde ! Il n’a pas été facile de caler un rendez-vous dans son agenda de grand voyageur. Edgar Morin nous a reçu chez lui à Paris en plein déménagement. Les souvenirs remontent sans brouiller sa curiosité pour le monde. 
 
 

De retour du Maroc, vous partez bientôt au Brésil.  Êtes-vous souvent en voyage ?

 
En ce moment, je suis plutôt en déménagement, car je dois quitter mon appartement. C’est aussi un autre voyage. Quitter un lieu où il y a tellement de souvenirs qui me lient ! Partir c’est mourir un peu, alors il faut ressusciter après. Cette année j’ai 90 ans, et tous les dix ans, quelque chose change dans ma vie, quelque chose meurt et quelque chose renaît. Quand j’avais dix ans, en 1931, ma mère est morte, quand j’ai eu vingt ans, j’ai pris le risque mortel de la Résistance. À trente ans, je suis rentré au CNRS. Je ne vais pas vous faire toute la liste, mais tous les dix ans ma vie change. 
 
 

Une définition du voyage ? 

 
Le voyage c’est surtout le décentrement, c’est à dire regarder d’une autre façon l’Hexagone. En restant en France, on est prisonnier d’une vision close, on ne se voit pas « vu de loin ». L’idée est de retrouver ce que faisait Montesquieu dans les Lettres Persanes, essayer de se voir avec le regard des autres. 
 
 

Est-ce que vous voyagez encore pour le simple plaisir ?

 
Je lie mon plaisir à mes voyages. Invité à des conférences dans le monde entier, j’ai le plaisir d’exprimer mes idées, mais aussi de découvrir quelque chose qui me touche, m’émeut. Pas seulement la beauté des paysages, mais aussi la bonté des gens, la vitalité des peuples, la nourriture. Je crois que je suis amoureux du monde parce que partout où j’ai été, j’ai trouvé des voluptés, des ivresses, des joies, des émerveillements. (…)
 
 

1. Premier souvenir de voyage

 
 

2. Le lieu que vous préférez

 
 

3. Le tourisme

 
 

4. Du voyage intérieur

 
 
 

 

Photographe : Matthieu Raffard
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Écrit par
Sandrine Mercier
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