Bhoutan – Au pays Brokpa

 

Aux confins de la Chine et de l’Inde, s’accroche un royaume perdu dans les nuages longtemps oublié du monde. Tout à l’est du pays, dans une région plus isolée encore puisqu’elle ne s’est ouverte aux étrangers qu’en 2010, les Brokpas, petit peuple d’éleveurs de yaks s’extirpent doucement de leur isolement. 
 
 
Peu de pays dans le monde font autant saliver que le Bhoutan. Serait-ce parce que ce pays à califourchon sur l’Himalaya s’est à peine laissé effleuré par les doigts griffus de la modernité ? Qu’on y croise plus de chiens que de voitures, moins de nouveaux riches arrogants que de lamas légers comme la cendre et que dans le regard des gens, on croit voir le beau temps ? Ou peut-être aussi que les droits de séjour parfaitement extravagants – 250 USD par jour – laissent augurer d’un pays de cocagne où coulent le lait et le miel ? En tout cas, la longue route sinueuse qui mène en quelques jours de l’aéroport de Paro tout à l’ouest, jusqu’aux terres des Brokpas tout à l’est, laisse le temps de s’imbiber doucement de petits gorgeons de bonheur : le tourbillon des vêtements traditionnels – le gho pour les hommes et la kira pour les femmes – qui, malgré un assouplissement récent du driglam namzha, le code de conduite du bon citoyen bhoutanais, sont encore très largement répandus ; la sérénité des dzongs, ces temples-forteresses accrochés on ne sait comment aux flancs d’une falaise improbable, et qui semblent prêts à basculer dans le vide à la moindre bourrasque ; les troublantes décorations ithyphalliques qui se dressent, gland impérial et bourses joufflues, sur les façades des maisons et les arrosent d’une laitance généreuse supposée apporter prospérité et large descendance aux occupants. À moins que ces verges rupestres ne soient une allusion à Drukpa Kinley, fameux lama du XVe siècle, qui plutôt gâté par la nature, chassait les démons à coups de phallus. (…)
 
 
 
 
Photographe : Christophe Migeon
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Écrit par
Christophe Migeon
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