Carte postale de Montréal

Tout va bien à Montréal

Cher AR,

Je t’écris de Montréal, qui a des airs de ville idéale, mais qui compte trop de gens parlant tout seul pour être honnête. Tout est propre et carré et bien organisé. Les piétons ne traversent pas au feu rouge. Le soleil donne et l’on tapote de l’Ipad dans les cafés. Il fait chaud, on s’habille court. On en profite, ça ne va pas durer. Le visiteur attentif observera que le Québec détient, avec la Californie, le record du tour moyen de poitrine. Les femmes n’ont pas peur de leur corps et les hommes n’insultent pas les filles en mini-jupe.

La foule s’adonne au shopping de masse dans la rue Sainte-Catherine, et pendant ce temps, les vendeurs annoncent des prix étranges (« ça fera 22 dollars et 8 sous »). Par ailleurs, je vois passer Dark Vador, Batman et une manif pro-Hamas, tout cela se déroulant au milieu des gens qui achètent des chaussures. En effet, la manifestation est le truc de l’année à Montréal. Depuis plusieurs mois, tous les jours, les étudiants ont défilé contre la hausse des tarifs de l’université et, de manière plus générale, contre le modèle ultra-libéral américain appliqué à la Belle province. Ainsi, cette révolution reste polie et sympathique, ce qui reflète parfaitement l’esprit des habitants du Québec.

“Un vent de dynamisme et de cool souffle ici”

Dans les parcs, il y a beaucoup de jeunes, parfois en couples, qui ont opté pour la vie hobo. Des dreads, des piercings, une guitare et l’aventure. Ils devaient en avoir marre de tous ces gens qui achètent des chaussures dans une rue bien organisée. Il y aussi les mêmes, avec dix ans de plus, quémandant des pièces pour survivre, abimés par leur quête romantique.

Sur l’avenue du Mont-Royal, repaire de hipsters, prime une décontraction qui n’exclut pas une certaine sophistication. Un vent de dynamisme et de cool souffle ici et attire les créatifs européens, tels ces maudits Français qui envahissent le plateau avec leur arrogance naturelle et leur façon de faire sentir aux Québécois qu’ils sont des ploucs. (…)

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Écrit par
Julien Blanc-Gras

Né en 1976, Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste-reporter.
Après des études de journalisme à Grenoble, il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.

En 2005, il publie au Diable vauvert, « Gringoland », qui conte un périple latino-américain et sera ensuite lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura.

En 2008, il publie « Comment devenir un dieu vivant », une comédie apocalyptique déjantée, puis « Touriste » en 2011, et « Géorama » en 2014.

Il a également séjourné aux îles Kiribati à l’automne 2011 pour réaliser son livre, « Paradis (avant liquidation) » (2013).

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