Téhéran – Insolence underground

« En Iran, tout est interdit, mais tout est possible ». Un paradoxe exprimé par les Iraniens eux-mêmes et qui résume à lui seul la situation des artistes dans le pays. Sur les scènes, hommes et femmes ne doivent pas se toucher. Dans les studios, les chanteuses ne peuvent pas enregistrer d’album. Pour fonder une compagnie ou produire un spectacle, il faut une autorisation du ministère de la guidance islamique, qui est en fait celui de la Culture… Et pourtant, la créativité explose à Téhéran.

J’assiste un soir à une représentation qu’on me présente comme « underground ». L’endroit choisi se trouve en plein centre-ville, à deux pas de Felestine Square. Curieux pour une performance sensée se dérouler en toute discrétion… Le local ressemble à une officine quelconque : des étagères ici et là, un bureau en formica placé au centre de la pièce et, punaisé au mur, un poster de l’ayatollah Khomeiny qui vous foudroie de son regard d’aigle courroucé. Le genre d’endroit qui passe tout à fait inaperçu en Iran, excepté peut être pour la petite cloison qui dissimule un escalier en sous-sol. (…)

Liberté chérie

Dans une galerie nichée au pied des monts Elbourz, au cœur du cossu quartier de Velenjak, un collectif d’artistes présente ce soir une performance underground où sculpteurs, peintres, plasticiens et photographes créent une œuvre en direct devant le public. Le tout est arrosé d’une musique expérimentale assourdissante qui rend la scène surréaliste. On se croirait à Berlin, moins les hipsters et le bar à cocktails bio. Après le vernissage, la galeriste et son mari invitent un petit groupe d’amis à faire la fête dans leur appartement-terrasse. Depuis celui-ci, on aperçoit le mausolée de l’imam Zadeh Saleh, qui illumine le quartier de Tajrish et son vieux bazar. On se croirait à Berlin, moins les hipsters et le bar à cocktails bio. Après le vernissage, la galeriste et son mari invitent un petit groupe d’amis à faire la fête dans leur appartement-terrasse. (…)

Le paradis de Zahra

Chaque vendredi, les Iraniens ont pour habitude de passer du temps avec leurs morts. Situé au sud de Téhéran, le cimetière Behesht-e Zahra (le paradis de Zahra) s’étale sur 400 hectares et compte 163 parcelles dont plusieurs sont réservées aux martyrs de la guerre Iran-Irak. On vient ici pour pique-niquer, réciter des poèmes et chanter des chansons en famille. Ce jour-là j’accompagne une amie sur la tombe de sa mère. Le taxi semble désorienté parmi les parcelles qui se ressemblent à l’identique et il faut un moment avant de trouver la bonne allée. Une petite sépulture noire nous attend à l’ombre d’un arbre. Somayeh s’agenouille pour murmurer des paroles en tapotant de l’index le coin du marbre sombre. Elle tire de son sac un Coran et lit une sourate, puis une autre. Hormis son mince filet de voix, le reste n’est que silence et vent. (…)

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Photographe : Jeremy Suyker
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Jeremy Suyker
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