Ville fortifiée des Hauts Atlas : sexe, viols et répressions au Maroc - AR Magazine 2017

Sexe, viols et répressions au Maroc

En août dernier, une vidéo filmée au Maroc a fait scandale. On y voyait quatre adolescents en train d’agresser une jeune fille dans un bus à Casablanca. Ces crétins lui arrachaient les vêtements et lui palpaient les seins en rigolant. Ils ont été arrêtés, c’est déjà ça. Mais pour en rajouter dans l’horreur, la condamnation des agresseurs n’a pas fait l’unanimité. Certains ont condamné la jeune femme, au motif qu’elle aurait eu une tenue « indécente » ! Dans le même genre, en 2016, une autre vidéo montrait des homosexuels en train de se faire sauvagement agresser. Comme si cela ne suffisait pas, ils ont été condamnés par la justice pour crime d’homosexualité.

 

Les agressions sexuelles sont donc non seulement fréquentes, mais de plus, elles se soldent souvent par une scandaleuse tolérance à l’égard des coupables. Et même dans les affaires de viols. En effet, le Code pénal marocain stipule qu’un violeur qui épouse sa victime ne peut plus être poursuivi en justice. Ainsi en 2012, Amina el-Filali, une fille de seize ans qui avait été violée par un ami de la famille, a été forcée de l’épouser pour sauver les honneurs. Résultat : elle s’est suicidée en ingurgitant de la mort-aux-rats. Pendant qu’on pardonne aux violeurs, on condamne les amoureux. En 2013, des adolescents ont été condamnés pour une photo publiée sur Facebook qui les montrait en train de s’embrasser… Un exemple parmi tant d’autres. Il ne faut évidemment pas oublier toutes les filles qui se font quotidiennement harceler et insulter dans la rue, parce qu’elles portent une tenue jugée indécente par certains. Pour cela, il n’est pas nécessaire d’être en mini-jupe, il suffit d’avoir les épaules dénudées ou les cheveux au vent.

 

Cela étant, au Maroc comme partout dans le monde les jeunes ont une vie sexuelle. Mais pour s’y livrer avant le mariage, il faut déployer des trésors d’ingéniosité. Il ne faut pas espérer marcher main dans la main dans la rue, et encore moins s’y bécoter. L’hôtel ? Impossible d’y réserver une chambre si l’on n’est pas marié. On peut louer un appartement privé, mais le plus simple est d’avoir une voiture avec des vitres teintées. Voiture ou appartement, pour un minimum de vie sexuelle, il faut avoir des moyens financiers. Malgré tout, les amoureux peuvent quand même se faire choper par les flics. Mais l’affaire peut se régler avec quelques dirhams, de sorte que la répression sexuelle est un commerce très lucratif pour les policiers.

 

Et quand toutes les conditions sont réunies pour une relation sexuelle, les problèmes ne sont pas réglés pour autant. Outre les risques de MST ou de grossesse (l’avortement est illégal au Maroc), il y a la question de la virginité. Il est connu que certaines filles préfèrent se faire sodomiser pour la conserver. Mais ça n’empêche pas les drames : en 2016, une jeune mariée s’est suicidée le soir de la nuit de noces, car son mari a découvert qu’elle n’était pas vierge. Les codes religieux sont parfois surprenants : ils interdisent les pratiques les plus banales, et bizarrement, ils peuvent autoriser des pratiques extravagantes. Ainsi, le cheik marocain Abdel-Bari Zamzami, a émis une fatwa autorisant l’acte sexuel sur un cadavre… à condition qu’il s’agisse de celui de son épouse ! D’une certaine façon au Maroc, les violeurs et les nécrophiles sont mieux traités que les homosexuels et les amoureux non mariés.

 

* À lire : le dernier ouvrage de l’écrivaine Leila Slimani : Sexe et mensonges, la vie sexuelle au Maroc, (Les arènes)

Sexe et mensonges

Photographe : Jeremy Suyker
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Écrit par
Antonio Fischetti
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