Québec – La solitude du coureur des bois

 

Au cœur de l’hiver, le citadin brûle de décrocher de la civilisation et d’aller renouer avec la grande forêt quand les branches des arbres craquent sous les assauts du froid et que des gouttes brillent sous les nez comme des étoiles. Ce rêve rafraîchissant prend corps dans les espaces givrés des Laurentides et de la Mauricie. Mais encore faut-il survivre à son stage de survie…
 
 
Je n’ai jamais eu de chance avec les hélicos. Ce n’est pas qu’ils se crashent quand je monte dedans, mais plutôt qu’ils ne viennent jamais au rendez-vous en raison d’évènements aussi variés qu’une mauvaise météo, une pénurie d’essence ou une diarrhée du pilote. Alors quand une épaisse couche de ouate grise s’est abattue sur la forêt pour mieux l’étrangler de son écharpe de brume, j’étais bien persuadé que mes « 2 jours de survie avec largage par hélicoptère en milieu forestier » allaient se transformer en 2 jours de parties de crapette au coin du poêle. Mais les Laurentides sont pleines de surprises. L’hélico a fini par émerger du brouillard et s’est posé. Chapeau le pilote. Même si le nom de sa compagnie, Héli-Tremblant, ne semblait pas être le fruit d’une étude marketing très poussée. Au terme d’un vol – très remuant en effet – d’une dizaine de minutes au milieu d’une soupe d’où n’émergeaient que les grumeaux de quelques têtes de sapins, le gros scarabée de métal nous a jeté le guide Alex et moi au sommet d’une petite montagne. Le bourdonnement s’est évanoui dans le coton du ciel et nous a laissé tous les deux, vaguement hébétés, plantés dans la neige jusqu’aux cuisses. (…)
 
 
 
 
Photographe : Christophe Migeon
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Écrit par
Christophe Migeon
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