Oui, il est possible d’échapper à la foule en plein été ! Comment ? En flânant dans le sud-ouest de la France à bord d’un van. Prise en main du véhicule à Bordeaux chez roadsurfer et roule ma poule à travers les forêts des Landes, les collines du Gers, les villages du Tarn-et-Garonne et retour au point de départ en passant par le Lot-et-Garonne. Une boucle en totale liberté.
C’est à Bordeaux à deux pas de l’aéroport de Mérignac que nous prenons possession de notre van VW T6.1 California Ocean. Sa couleur : un bleu aigue-marine qui s’accorde avec le ciel d’été et l’océan tout proche où nous avons l’intention de filer après avoir ingurgité une grosse ration de recommandations techniques. Mieux vaut en effet apprendre comment déployer le toit pour ne pas se retrouver fort dépourvu quand la nuit sera venue et qu’on voudra se coucher. Crise de nerfs assurée et risque de tout péter.


Direction le sud, direction les Landes
Pour commencer on quitte sans regret l’autoroute pour emprunter de plus aimables nationales et départementales. Le combi s’avère docile et agile. Les villages défilent. Sainte-Eulalie-en-Born, Mimizan, Bias, Lit-et-Mixe… À Vieille-Saint-Girons, une pause s’impose pour casser la croûte. Ça sera une assiette de charcuterie et fromage en terrasse au bar-tabac Le Marensin. À l’intérieur, trône sur la cheminée toute la collection des Voyages extraordinaires de Jules Verne dans une belle édition illustrée à l’ancienne. À l’évidence, personne ne les a jamais ouverts. Mais ici on préfère aux pages, les plages et en particulier celle de la Lette Blanche. On y passerait des heures à contempler l’océan. Et d’ailleurs on y passe des heures jusqu’à voir le soleil se coucher. C’est l’heure de repartir.

À Moliets-et-Maa, après avoir pas mal tourné pour trouver un coin pour dormir, on finit par s’arrêter sur le parking du courant d’Huchet en dépit d’un panneau interdisant aux camping-cars de stationner pour la nuit. Ça devrait faire l’affaire. Et ça fait l’affaire jusqu’à 5h30 lorsqu’une première voiture, puis une deuxième, une troisième, puis beaucoup d’autres débarquent. Les portes claquent, des personnes s’interpellent. À croire que tout le monde s’est donné rendez-vous autour de notre van. Au bout d’un moment, on soulève un coin de store pour évaluer la situation. Des hommes vêtus de vestes en peau de mouton sont montés sur des échasses, certains transportent des surfs sous leur bras. Des femmes en habit traditionnel les accompagnent. Les voilà maintenant qui se dirigent vers la plage.

Bien réveillés désormais, on décide de suivre l’étonnante troupe. Des surfeurs très matinaux nous accompagnent. Arrivés sur la plage, nos gais lurons se prêtent à une longue séance photo et vidéo avec notamment un drone pour les prises de vue aériennes. Enfin les surfeurs se mettent à l’eau. C’est l’heure des bonnes vagues, paraît-il. L’air est vif. La lumière limpide. On a bien fait de braver l’interdiction de parking. Sans cela, notre journée n’aurait pas débuté de façon aussi surprenante.
En van, Sur les routes de traverse du Gers
On dit adieu aux grandes plages et aux forêts des Landes. Désormais, le van slalome sur les petites routes vallonnées du Gers. Il est heureux. Nous aussi. En ce début de mois d’août, les routes sont pour nous seuls. À Condom où coule la Baïse, on ne s’arrête pas au musée des préservatifs pour la bonne raison qu’il a fermé ses portes, il y a belle lurette. Mais cela n’empêche pas des milliers de touristes de le chercher chaque été.

Halte dans le pittoresque bourg de Saint-Orens-Pouy-Petit protégé par des remparts du XIIIe siècle.Certains disent que c’est le plus petit village fortifié de France. Avec 50 habitants seulement, on veut bien les croire ! En traversant la rue principale en direction du château, on croise Bernard et Huguette. Les deux retraités pèlent de l’ail au frais dans leur garage ouvert sur la ruelle. « De juin à octobre, c’est la saison ! Pour arrondir notre petite retraite, on nettoie des aulx à la main, on fait bien trois grosses caisses par jour. » Vivant ici depuis leur naissance, ils n’ont jamais rêvé d’un ailleurs. « Surtout, ne dévoilez pas la beauté de notre petit village, nous voulons continuer d’y vivre cachés ! » Toutes nos excuses, mais on n’a pas pu s’en empêcher.

En passant par le Tarn-et-Garonne
On continue de jouer à saute-département pour le plus grand plaisir du van. Direction le Tarn-et-Garonne et le village médiéval de Saint-Antonin-de-Noble-Val, une des plus vieilles cités de la région. Mais d’abord, il faut traverser le causse du Caylar, un vaste plateau calcaire, parsemé de landes et de prairies. La route est droite et déserte. L’apparition soudaine de la ville en contrebas des gorges abruptes de l’Aveyron nous surprend.

Dans la cité médiévale, tout invite à la flânerie. Au détour d’une petite rue piétonne, la boutique Fil & Doux nous accroche avec sa vitrine douillette. Marie-Claude Lafitole est une artisane passionnée, qui fait revivre la filière laine localement. Au retour d’un voyage d’un an en Nouvelle-Zélande, elle a perfectionné ses techniques pour fabriquer des pelotes de laine de A à Z, depuis la récolte des toisons de mouton ou d’alpaga jusqu’au filage sur rouet. Avec sa laine couleur naturelle, elle fabrique plaids, chaussons, châles… Marie-Claude partage aussi son savoir-faire en organisant des stages d’initiation au filage. Elle nous recommande d’aller dîner à la Guinguette de la Plage en surplomb de l’Aveyron. On peut y faire un plouf avant de s’enfiler une assiette bien garnie. Le soir, installés sur le causse proche du Roc d’Anglars, on assiste à un coucher de soleil grandiose.

Le Chemin de Mémoire en Lot-et-Garonne
Enfin sur la route du retour, nous visitons un vieil ami, Maurice Caumières. Cet ancien maire de Gavaudun se bat pour créer un Chemin de Mémoire qui suit les traces sanglantes du parcours de la division nazie Das Reich en Nouvelle-Aquitaine entre mai et juin 1944.

À Lacapelle-Biron, nous le retrouvons sur l’ancienne place du marché, devant le monument commémoratif : « On connaît tous le massacre d’Oradour-sur-Glane, mais quelques semaines avant, la division SS Das Reich a encerclé le village et rassemblé 49 hommes de 18 à 60 ans pour les faire monter dans des camions, direction les camps de concentration de Dachau et Mauthausen. 23 n’en reviendront pas. Parmi eux, mon oncle Raymond et le père de ma femme. En Nouvelle-Aquitaine, on compte une centaine de lieux liés à ces massacres. Avec notre association, on veut créer un Chemin de Mémoire pour relier tous ces lieux et organiser des évènements pour ne pas oublier cette histoire. »

Maurice Caumières, qui a toujours fait vivre la culture en milieu rural, s’inquiète aujourd’hui de la montée de l’extrême droite dans les urnes et dans les esprits. C’est pourquoi, avec ce projet, il souhaite faire réfléchir sur la cruauté humaine. Dès lors, on ne peut que le soutenir. Par ailleurs, une cagnotte est en ligne pour permettre à chacun de contribuer au projet.
Pratique
Pour louer un van, il y a roadsurfer et ses 11 agences en France. 10 000 vans aménagés et camping-car en France, Europe, et une expansion aux USA avec 4 nouvelles agences. À partir de 69 € la nuit. La dernière nouveauté ? Roadsurfer se lance dans la vente de vans d’occasion.

