« On dirait une grosse teuch ! » La phrase fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un ciel d’azur. Ah, qu’il est doux de retrouver à près de 20 000 km de ses pénates, après avoir enduré plus de 30 heures de vol, ingurgité six plateaux-repas d’une gastronomie très relative, subi dignement trois fouilles au corps et une demi-douzaine de films qui ne devraient pas — sauf énorme surprise — être retenus pour le prochain festival de Cannes, toute la verve et la spontanéité gauloise que ne manquent pas de nous envier à raison la plupart des nations du monde libre.

Assis sur un bloc de basalte, cela faisait bien cinq minutes que j’observais le Red Crater. Un mélange d’extase et de curiosité m’habitait face à cette dépression dantesque et à son grand déballage de roches cuites. Sur la paroi sud du cratère, un étonnant tunnel de lave, évidé par l’érosion, faisait saillie. J’apprendrai plus tard que les géologues parlent d’un dyke. Cette forme me faisait penser à quelque chose, sans que je puisse le nommer ni même en préciser l’image.
Je remâchais en vain cette impression de « déjà-vu ». Un peu comme lorsqu’on tente désespérément de reconnaître un acteur aperçu ailleurs, sans jamais y parvenir. Impossible de retrouver le Viking sanguinolent sous les traits de l’inspecteur de police gominé. Puis, soudain, la remarque perspicace de mon compatriote illumina les recoins sombres de ma cervelle, engourdie par le décalage horaire. Mais oui, absolument. Cette béance oblongue aux nuances rougeâtres évoquait méchamment un sexe féminin. L’Origine du monde, version kiwi.
Vulve d’anthologie
Après une telle révélation, le regard un peu confus se détourne avec pudeur vers les solitudes gercées du désert de Rangipo. Au-delà de la vulve magistrale, se dresse le cône presque parfait du mont Ngauruhoe, le volcan le plus actif de Nouvelle-Zélande avec 61 éruptions recensées depuis 1839. Avec son impeccable esthétique d’estampe, ses pentes raides et lisses, sa gueule toute barbouillée de rouge, la montagne affiche un petit air de Mont Fuji sanguinaire.
Des vagues de bruyères en habits mauves viennent s’échouer aux pieds du géant sur les gravats de champs de lave hirsutes. Un tel décor n’a pas manqué d’attirer les caméras. En 1973, Jean-Claude Killy dévale ses flancs à 160 km/h pour une pub Moët et Chandon. On a beau être triple champion olympique de ski, une pente à 35° n’est pas facile à gérer surtout après une ou deux coupettes de champagne. JC a dû s’y reprendre à deux fois.
