L’expérience du paysage – Islande

Île sublime perdue au coeur de l’Atlantique Nord, l’Islande réserve aux voyageurs un spectacle ininterrompu de coulées de lave, de cratères, de plages et d’étendues infinies au charme ensorcelant. Une destination dont les paysages en perpétuel mouvement appellent les visions les plus étranges. Voyage vers la porte d’entrée d’une autre réalité.

Les voyageurs attirés par les couleurs chatoyantes des marchés et ceux pour qui le sourire d’un enfant au nez coulant constitue le paroxysme de l’art photographique seront, il faut bien l’avouer, déçus par leur séjour en Islande. Ceux qui, au contraire, attirés par une densité de population au kilomètre carré proche de zéro et séduits par les natures taiseuses autant que par les vastes étendues, reconnaîtront sans doute dans cette île leur terre d’élection. Évacuons d’emblée quelques autres malentendu: on ne vient ici ni pour la gastronomie, ni pour le patrimoine architectural, ni même pour la culture viking… On vient ici pour voir des paysages que l’oeil n’a jamais vus; pour voir des paysages que les poètes, même en rêve, n’ont su inventer; on vient ici pour vivre l’expérience du “sublime” et du “grandiose”; on vient ici pour comprendre enfin le sens du mot “nature” qui, dans nos tristes espaces verts, s’était dévitalisé; on vient ici pour faire une expérience ultime, l’expérience du paysage.

Expérience tellurique

Péninsule de Snaefellnes, à l’ouest de l’île. Après une matinée dégagée, le ciel se couvre brutalement ou, pour être exact, disons plutôt qu’un épais brouillard monte du sol, trempé et glacial. Bientôt, c’est tout le paysage qui disparaît pour ne plus laisser émerger ici et là que de fantomatiques coulées de lave verte, territoire des dieux et des géants. Sans la route qui relie Stykkisholmur à Arnarstapi ni le grondement permanent des vagues venues de l’Atlantique Nord, il me serait impossible de me repérer. Je sais que le Snaefell est là, sur ma gauche, à quelques kilomètres à peine, je sais que ce mythique volcan se dresse quelque part. Mais où pour l’instant, je n’ai que mes souvenirs de Jules Vernes pour me l’imaginer. Car c’est bien ici, au bout de cette péninsule désolée, que le romancier nantais situe le début de son aventure islandaise, inspiré peut-être en cela par une croyance bouddhiste qui fait de ce lieu l’un des six chakras qui concentrent l’énergie de la planète. (…)

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Photographe : Matthieu Raffard
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Écrit par
Albéric D'Hardivilliers
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