En vieux malais, Raja c’est le roi et Ampat le chiffre 4. Défriché par quelques pionniers de la plongée il y a à peine vingt ans, le petit archipel des « quatre rois » flotte quelque part à l’ouest de la Nouvelle-Guinée dans une mer presque intacte, une mer des origines qui aurait échappé aux souillures de l’Homme. Il a été désigné capitale mondiale de la biodiversité marine.
2009, à l’ouest de l’île de Misool, au sud de l’archipel.
Les plongeurs venaient de finir leur seconde balade de la journée et se laissaient dériver gentiment le long d’une poignée de rochers frangés de mangrove en attendant d’être récupérés par les zodiacs. Sea, fish and sun. Le bonheur tout simplement… Enfin jusqu’au moment où l’un des plongeurs disparaît subitement sous la surface dans un bouillonnement de mauvais augure. Ses équipiers ajustent leur masque en catastrophe et ont le temps d’apercevoir, horrifiés leur malheureux ami entraîné vers le fond par un énorme crocodile !
Alan, était alors sur l’un des zodiacs venus à la rescousse. Aujourd’hui capitaine du Waow, un magnifique trois-mâts de 60 m de long. Dédié à la croisière-plongée dans les plus belles eaux indonésiennes. Après avoir marqué une pause savamment orchestrée pour les besoins du suspens, il tire sur sa kretek* et raconte la suite dans un nuage parfumé au clou de girofle. « Le type avait – coup de chance – gardé son détendeur en bouche. Après avoir perdu connaissance, il s’est réveillé, la joue collée contre une surface douce et lisse. Il était incapable de faire le moindre mouvement : c’était le ventre du crocodile. Le bestiau le maintenait tout contre lui de ses quatre pattes afin de le noyer ! Au bout de dix minutes comme il ne bougeait plus, le croco l’a cru mort et est parti respirer en surface. Le gars en a profité pour remonter à son tour. (…)
