À trois miles nautiques des côtes du Morbihan flotte un caillou incrusté de chapelles et serti de plages blondes. Sur Groix, les thons remplacent les coqs à la pointe des clochers, les chemins ne mènent pas à Rome, mais se perdent dans la lande et les canots ― prononcer « canote » ― se mènent toujours à la godille.
À Groix, les départs émeuvent souvent plus que les arrivées. La navette quitte Port-Tudy au terme d’une manœuvre hardie, qu’on n’oserait pas tenter sur un simple pédalo. Sur le quai, ceux qui restent agitent les bras, rient ou pleurent les voyageurs contraints de regagner le tumulte du continent. Certains grimpent sur les bittes d’amarrage et battent des ailes, prêts à s’élancer dans l’air breton gonflé d’invisibles voilures. Leur prétention amuse les goélands qui tournent au-dessus du bassin. Le navire s’éloigne lentement avec son cortège d’âmes résignées, en route vers leurs cités bétonnées et leurs emplois du temps encombrés. Ou peut-être est-ce Groix elle-même qui largue les amarres, glissant vers le large pour fuir les secousses d’un monde agité.
