L’Afrique en vélo en solo

Comme chaque année lors du Festival International du Film & du Livre d’aventures de la Rochelle, des images et des individus sortent du lot et me font rêver… Anselm, ce jeune allemand au sourire grand comme le continent africain qu’il a parcouru en vélo durant des mois, fait partie de mes coups de cœur. Rencontre avec un aventurier qui nous fait du bien en ses temps grisâtres.

Anselm, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Anselm Nathanael Pahnke, j’ai 30 ans et j’ai grandi dans une banlieue de Hambourg dans une maison en bois construite par mes parents. Dans le vaste jardin bordé de forêts, j’ai pu développer très tôt mon envie de découverte et faire face à des défis toujours plus grands. À l’âge de 15 ans, j’ai fait mon premier voyage à vélo au cours duquel j’ai commencé à filmer. Après une année de volontariat au Canada, j’ai étudié l’océanographie et la géophysique à l’Université de Hambourg. Puis, après avoir obtenu mon diplôme, j’ai commencé un tour à vélo qui m’a conduit à travers 40 pays pendant trois ans.

Peux-tu résumer ton film “Ailleurs, seul en Afrique” ?

Le jour de mon 25ème anniversaire, au Cap je me suis lancé dans un voyage à vélo à travers l’Afrique avec deux amis. Dans le désert du Kalahari, ils ont abandonné, mais j’ai décidé de continuer seul en direction du nord. Grâce à mon vélo, j’ai pu me mêler facilement à la vie locale. J’ai bien sûr connu quelques frayeurs : des lions et des hippopotames ont croisé ma route. J’ai aussi chopé le paludisme et le typhus, et j’ai eu quelques démêlés avec des fonctionnaires corrompus. Le défi ultime a été de parcourir 3 000 kilomètres à travers le Sahara contre un vent du nord implacable. Après un an, 15 000 kilomètres et 15 pays parcourus, mon voyage s’est hélas achevé de manière désagréable, mais je ne vous en dis pas plus car il faut voir le film !

La bonne nouvelle, c’est que tu sois rentré entier !

Oui, c’était pas donné! La recherche de l’inconnu est difficile car on ne sait pas ce que l’on recherche. Et j’ai vraiment trouvé quelque chose que j’ignorais : être seul avec soi-même peut être merveilleux.

Dans quel état d’esprit t’es-tu trouvé après le départ de tes deux amis ?

Dans la nature, seul et loin des gens, je me suis senti fragile car en cas d’urgence il n’y avait ni recours ni personne pour m’aider. Chaque jour, mon objectif était de trouver de la nourriture, de l’eau et un lieu pour dormir. Mais lors de chaque situation difficile, j’ai pu trouver une issue et j’ai appris à faire confiance aux inconnus que je rencontrais. C’est cette confrontation qui a rendu le voyage si émouvant pour moi. Car dans ces situations, je me sentais absolument vivant et totalement « dans l’instant ».

Comment as-tu réussi à vivre si longtemps sur ton vélo sans travailler ?

L’argent n’a pas joué un grand rôle dans cette aventure. J’ai monté ma tente 350 nuits sur 414 dans la nature et je me faisais à manger. Les frais de déplacement durant plus d’un an ont donc été inférieurs au coût de mon vélo et de mon équipement. J’ai appris qu’une vie simple dans la nature a peu de rapport avec l’argent.

Comment as-tu fait pour réaliser ce film ?

Je plaçais ma caméra et passais devant elle d’une manière naturelle. Pour créer des plans spéciaux, j’ai dû faire preuve de créativité en utilisant des arbres en guise de trépied, ou encore des camions et même des charrettes tirées par des ânes pour les travellings. Souvent je demandais aussi aux gens de me filmer dans la rue et cela les enchantait.

Tu as continué ton périple en Australie et à travers l’Asie pendant encore deux ans. Que fais-tu désormais en Allemagne ?

J’ai écrit un livre sur cette deuxième partie de mon voyage. Je construis actuellement des petites maisons et j’ai fondé un club qui milite pour la préservation du climat.

Le site d’Anselm (en allemand) www.anderswoinafrika.de

Entretien réalisé par Olivier Caillaud

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Olivier Caillaud
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