La Réunion vue du ciel, la carte postale de Julien Blanc-Gras

Pardonne mon écriture un peu tremblante, mais je rédige cette carte postale dans un hélicoptère volant à plus de 200 km/h au-dessus de La Réunion. Nous avons décollé de Saint-Gilles, dans l’ouest de l’île, à bord d’un EC 130 B4 tout en transparence qui offre une visibilité optimale. Nous avançons sereinement vers les hauteurs garnies de champs de canne de sucre ; nous sommes en terrain connu, sur le domaine des humains. Quand tout à coup, nous rasons une crête et pénétrons dans  un monde parallèle. Nous venons d’entrer dans le cirque de Mafate, un miracle géologique au relief tourmenté, qui ressemble à s’y méprendre au paradis vert. La végétation règne de toutes ses forces, elle s’insinue partout, les arbres poussent à l’envers pour garnir les surplombs et on aperçoit quelques brontosaures brouter dans un vallon (ok, je me laisse un peu emporter par mon imagination, mais ce que je veux dire, c’est qu’on à l’impression d’être au début du monde). Pas de voiture ici. Pour parvenir aux îlets perchés sur les petits plateaux, il faut marcher sur ces sentiers vertigineux qui font de Mafate un Graal de randonneur.

 

Julien aux cirques

Nous basculons dans le cirque de Salazie, où les cases créoles ponctuent la verdure triomphante par petites touches colorées. Ici trône l’un des plus beaux villages de France, répondant au doux nom de Hell-Bourg. Oui, La Réunion c’est aussi le charme de la toponymie ; nous croiserons plus tard des endroits nommés Petit Trou, Grand Fond ou Le Tampon, dénominations pittoresques qui contrastent avec la manie locale de sanctifier toutes les communes.  Nous empruntons désormais une étroite ravine pour accéder OH MON DIEU L’HELICO SOMBRE DANS UN GOUFFRE. AU SECOURS ! CE SERAIT TROP CON DE MOURIR MAINTENANT, ah non ! En fait tout va bien, nous plongeons dans le Trou de fer (près de 300 mètres de profondeur, tout de même) où se jettent des chutes d’eau qui semblent venues directement du jardin d’Eden. Le pilote est un virtuose, l’hélico frôle les falaises et papillonne dans les cascades, voilà le genre de moment où l’émerveillement face au spectacle de la nature se conjugue au frisson de l’aventure pour donner un sens à l’existence, ne serait-ce que pendant une minute. À peine remis de ces émotions, je vois pointer au loin la silhouette de celui dont les humeurs changent le cours de la géographie : le Piton de la fournaise, un des volcans les plus actifs de la planète. Encore ennuagé quelques minutes auparavant, il s’est dénudé pour nous accueillir. Nous passons sur une plaine noire et rouge gorgée de cendres avant de tournoyer au-dessus du cratère. Ci-dessous, le centre de la terre, rien de moins.

 

Terminer en beauté

 

Sur le chemin du retour, nous traversons le troisième cirque, celui de Cilaos, nous apercevons le col du Taïbit (décidément), frôlons le Piton des neiges, point culminant de l’océan Indien, et nous survolons un lagon tropical où il n’y a plus de surfeurs. Autant de beautés en si peu de temps, c’est à peine raisonnable. Ici, la diversité des paysages reflète celle des habitants, eux aussi très beaux (enfin pas tous, il y a aussi des gens moches. Ce qui est beau, c’est cette population métissée où Zoreilles, Malbars, Cafres, Yabs, Mahorais, Chinois et autres coexistent et se mélangent sans se taper sur la gueule).  Bref, La Réunion vue de haut, c’est magique. Et vue de près, c’est encore mieux.

N’artrouv, comme on dit ici.

 

 
Pour voler
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Photographe : Christophe Migeon
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Écrit par
Julien Blanc-Gras

Né en 1976, Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste-reporter.
Après des études de journalisme à Grenoble, il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.

En 2005, il publie au Diable vauvert, « Gringoland », qui conte un périple latino-américain et sera ensuite lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura.

En 2008, il publie « Comment devenir un dieu vivant », une comédie apocalyptique déjantée, puis « Touriste » en 2011, et « Géorama » en 2014.

Il a également séjourné aux îles Kiribati à l’automne 2011 pour réaliser son livre, « Paradis (avant liquidation) » (2013).

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