Peu d’animaux ont su autant titiller notre imagination. La force musculaire herculéenne du Gorille, son faciès d’humain mal embouché lui ont ouvert les portes du club très fermé des animaux mythiques. Dans le Grand Vert de la forêt tropicale congolaise, il est désormais possible de rendre visite à ces lointains cousins à condition d’obéir à un strict protocole d’observation.
Même au cœur de la jungle, le code vestimentaire reste essentiel. La brochure du camp déconseille le blanc et les couleurs vives. C’est jugées trop voyantes pour la faune. Le camouflage aussi est déconseillé, trop apprécié des mercenaires et mal vu par la maréchaussée locale.
Ce matin, autour du 4×4, c’est un défilé de chemises à soufflet fraîchement repassées, de pantalons « ultra-respirants » à séchage rapide et de gilets multipoches de baroudeurs du dimanche. Le tout décliné en ravissants camaïeux de vert, du sapin au tilleul. Sans oublier l’indispensable chapeau de brousse, cordon serré sous le menton, au cas où une tornade s’abattrait sur l’Afrique centrale. Les toutes dernières tendances pour aller chasser l’éléphant…
« L’homme n’est décidément pas le bienvenu dans ces embarras de jungle. »
Après dix minutes de piste où un paysan oserait à peine aventurer sa brouette, Zéphirin fait arrêter le 4×4 et nous invite à descendre. Le pisteur commence à se frayer un chemin dans l’enchevêtrement des marantacées. Ce sont des plantes à larges feuilles vernissées qui forment l’essentiel du sous-bois des forêts pluviales tropicales du Congo. C’est un pays que l’on découvre en taillant les branches.
Zéphirin est à la manoeuvre. La machette s’attarde ici sur une liane récalcitrante, là sur une tige rebelle, tandis que les yeux cannent la confusion végétale à la recherche d’un indice, des herbes couchées, un stipe cassé, des coques de fruits… L’homme n’est décidément pas le bienvenu dans ces embarras de jungle. Il ne faudrait pas dix mètres au touriste pour perdre tout repère et se faire digérer par la forêt. Zéphirin sait parfaitement où il est. Et son analyse du terrain lui permet d’identifier la trace recherchée, sa fraîcheur, l’identité du traqué et même d’anticiper ses mouvements. Il est dans la tête de l’animal. À ce niveau-là, le pistage devient un art.
