Bolivie – Des tropiques à l’altiplano 2

De Santa Cruz à Concepcion 

Et maintenant parlons un peu de Dieu. Je sais, ce blog démarre un peu fort, mais l’âme aspire à prendre un peu de hauteur tandis que le corps se corrompt et croupit dans la plaine. Les premiers à nous indiquer les impénétrables voies du Seigneur sont de drôles de gaillards en salopettes, souvent blonds, plutôt bien bâtis et aux traits définitivement européens. Aussi incongrus dans cette cambrousse bolivienne remplie de cambas exubérants qu’un corbillard aux fêtes de Pampelune. Ce sont des Mennonites, des membres d’une secte anabaptiste fondée au XVIe siècle en Suisse, qui ne connaissent que la Bible et les vertus de la prière. Pour faire court, des sortes d’Amish qui en l’absence de télévision et de sudoku copulent comme des lapins sous amphétamines et le reste du temps font de gros sillons derrière une charrue tirée par des zébus. A 25 ans, la Mennonite de base (la Mennonette ?) nous a déjà pondu un minimum de 4 larbins. Ces braves gens sont issus de communautés débarquées du Mexique ou du Canada dans les années 1950 et se sont taillés de belles et prospères exploitations en défrichant à tour de bras. « De grands prédateurs » fait remarquer le guide Jaime qui en a oublié les sinistres forfaits de Morales.

“Pour la plus grande gloire de Dieu

La route se taille vers le nord-est en direction de la Gran Chiquatania, où s’éparpillent gaiement les missions jésuites boliviennes. Après s’être fait la main au Paraguay, les bons pères débarquent en 1691 en Bolivie où ils fondent 25 missions dont une dizaine dans la région. L’idée est de réunir différentes ethnies indiennes qui divaguent dans la forêt, les évangéliser et les faire bosser un peu, histoire de les sortir de leur indécrottable désœuvrement. Rappelez-vous cher lecteur que l’oisiveté est la mère de tous les vices. J’ai bien dit « tous ». Dans ces républiques de Dieu, les hommes sont supposés s’aimer et s’aider quelque soit leurs origines. Et ma foi, cela ne fonctionne pas si mal. Jusqu’à ce que le roi d’Espagne trouve ces compagnons de Jésus un peu trop indépendants, sans doute un peu trop riches et décide en 1765 de les expulser d’Amérique du Sud. Pour plus de détails, revisionnez donc l’excellent film Mission de Roland Joffé avec musique envoûtante d’Ennio Morricone, De Niro en conquistador barbu repenti et Jeremy Irons en soutane Karl Lagerfeld. San Javier à 230 km de Santa Cruz est l’une des six missions restaurées par un architecte suisse à partir des années 1970. Avec les cinq autres, elle est classée patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco. A bien réfléchir, il n’y a plus guère que les toilettes de la Gare du Nord et une partie de ma cave qui ne sont pas encore classés par l’Unesco. Mais cela n’empêche pas de rester bouche bée devant ces immenses bâtiments style « baroque métis » soutenus par des troncs ouvragés délicieusement fendillés par le temps. Des portes à lourds battants sculptés s’ouvrent sur des cours intérieures successives qui allongent des perspectives striées d’ombre et de lumière. Bref, c’est du bon boulot, tant de la part de la Compagnie de Jésus que du restaurateur suisse.
J’avais oublié la signification de l’acronyme IHS que l’on retrouve sur de nombreuses croix et autre mobilier catholique.  « Iesus Hominum Salvator » nous répond Jaime. « Jésus, sauveur des hommes ». Voilà matière à briller en société. Ceux qui n’aiment pas la société pourront toujours gagner un camembert supplémentaire au Trivial Poursuit. Seulement voilà,  mon guide en papier vient de m’informer à l’instant que IHS était plutôt la translittération imparfaite de Jésus en grec : Ι = J, Η = E et Σ = S. Nom de Dieu ! On ne sait vraiment plus à qui se fier !

Photographe : Christian Juni
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Écrit par
Christophe Migeon
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