Bertrand Tavernier – Cinémonde

Vous souvenez-vous de votre premier voyage ?

J’ai dû voyager très tôt par nécessité médicale : enfant, je suis allé à Saint-Gervais en sanatorium à plusieurs reprises. Mais je n’ai pas de véritables souvenirs de ces premiers déplacements. Je me souviens très bien en revanche des fois où ma mère m’a emmené avec l’une de mes sœurs à Sainte-Maxime, dans la maison familiale de la Côte d’Azur. Soit nous prenions le train en seconde classe, le Train bleu ou le PLM, depuis Paris jusqu’à Saint-Raphaël et l’on voyageait toute la nuit. On s’arrêtait à Laroche-Migennes, à Dijon, à Lyon, entre autres. Et dans chaque gare, des gens vendaient sur le quai du café évidemment, mais également des oreillers et des couvertures ! Ce qui, soit dit en passant, était bien utile quand nous n’étions pas dans des couchettes, mais dans des compartiments de jour. Ou bien le voyage se faisait dans la Simca 1000 maternelle. Et nous respections à chaque fois quelques rituels solidement établis comme le déjeuner à Avallon, à l’Hôtel de la Poste, la nuit passée à Lyon chez mes grands-mères puis un déjeuner à Aix-en-Provence avant d’arriver enfin à Sainte-Maxime. Ma mère était une excellente cuisinière et une gastronome exigeante. Il n’était pas question pour elle de s’arrêter n’importe où pour manger : elle avait ses restaurants favoris, dont certains « routiers », qui servaient une nourriture excellente pour des prix défiant toute concurrence dans une formidable ambiance conviviale. Mais l’un de ces voyages automobiles est resté gravé dans ma mémoire, car on a dû crever sept fois ! C’était en fait peu de temps après la guerre et les pneus étaient souvent de mauvaise qualité. (…)

 

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Photographe : Thomas Chéné
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Écrit par
Laurent Delmas
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