Au nord-est du Brésil, dans l’État de Bahia, là où vient mourir en rouleaux rugissants la longue houle de l’Atlantique, l’Afrique, ses dieux et ses traditions frottées au bois d’ébène couvent encore comme des braises endormies sous la cendre. Ces derniers temps, un vent de progrès et de liberté a ressuscité la flamme d’un noir Brésil.
C’est vendredi, jour du poisson pour certains, mais aussi jour sacré d’Oxala pour les fervents pratiquants du candomblé bahiannais. À Santo-Amaro, cent kilomètres au nord de Salvador, Oxala est une divinité vénérée, créateur du monde, souvent associé à Jésus. Chaque vendredi, les habitants célèbrent ce dieu bienveillant, persuadés qu’il se manifeste discrètement parmi ceux qui gardent une foi sincère. Jefferson, vingt ans, se rend chaque semaine au terreiro, temple du candomblé, pour offrir ignames, papayes et prières à Oxala. En retour de sa dévotion fidèle, il espère recevoir un signe, un doux « petit coucou » du dieu qui crée tout.
Voilà deux mois seulement qu’il a été initié par Pai Pote, le père-de-saints du terreiro, guide respecté des fidèles. Cette récente initiation ne l’empêche aucunement de rester catholique, fidèle aux rites qu’il pratique depuis sa plus tendre enfance. Le candomblé, savant mélange de catholicisme discipliné et de rites animistes venus d’Afrique, incarne un équilibre religieux singulier et durable. Aux siècles passés, il permit aux esclaves de dissimuler leurs orixas sous l’apparence bienveillante et familière des saints catholiques.
