Au bon pays du gruyère

De bleu ! Était-ce possible ? Cette longue barbe grisonnante, cette carrure de gladiateur, ce regard noble et clair, oui, c’était bien ça, devant moi se tenait Zeus en personne. Que diable venait-il faire si loin du mont Olympe dans les Alpes fribourgeoises ? À y regarder de plus près, il avait troqué son éternelle toge contre une chemise bleu pâle avec par dessus un bredzon, soit un veston aux manches courtes et bouffantes. Sur chaque pan était brodé un édelweiss. Une calotte elle aussi brodée d’édelweiss avec en plus quelques gentianes et des rhododendrons coiffait son auguste tête. Il ne tenait pas dans sa main un faisceau d’éclairs, mais à la place une canne en bois. Et si cet Hellène en était un autre ? Et si cet Hellène était en fait un Helvète ? Et si Zeus s’appelait en fait Félix Girard. Écoutons-le parler dans son imposante barbe : « Je suis le président de la confrérie des Barbus de la Gruyère. Peut en faire partie tout homme ayant une barbe fleurie, naturelle et non taillée, la plus longue possible avec les cheveux courts. On veut également des gens qui ont de la terre sous les souliers. » Entendez, qu’ils n’accueillent pas de hispters, mais des hommes qui s’inscrivent dans la tradition des armaillis. « Autrefois ces bergers pour vaches, grimpaient à l’alpage pour garder le troupeau et fabriquer le fromage. Aujourd’hui nous sommes moins nombreux, mais notre canton est toujours le plus agricole de la Suisse romande. » Félix lui-même est toujours garde -génisse. « Je m’occupe de colonies de jeunes filles », lance-t-il joyeusement. Mais pourquoi la barbe ? « Car à l’alpage, les armaillis avaient autre chose à faire que de se couper les poils du menton. Personnellement, ça fait 16 ans que je la laisse pousser. » Félix n’est pas le seul spécimen authentique de barbu, aujourd’hui cette société unique au monde compte 25 membres. Moyenne d’âge 67 ans. Mais le succès est assuré dans les fêtes locales. « On est de plus en plus demandés, pour représenter la tradition ! Des photos de nous circulent sur les réseaux sociaux du monde entier, gros succès avec les Japonaises. On espère que cette médiatisation, va amener quelques petits nouveaux », conclut Félix Girard, le benjamin de la confrérie des Barbus, un jeunot de 56 ans. (…)

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Photographe : Sandra Mehl
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Écrit par
Sandrine Mercier
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