Abysses – Une histoire des grands fonds

 

Christophe Migeon, n’étant pas homme à rester à la surface des choses, a décidé de se plonger dans les abysses pour en remonter un livre du gai savoir qui ne manque assurément pas de profondeur.

 

Où commencent les abysses ?

Les abysses commencent là où la lumière déclare forfait, ça laisse de la marge pour définir leur frontière. J’ai fait des plongées bretonnes qui auraient pu être qualifiées d’abyssales tant l’obscurité était totale ! D’une façon générale, l’eau de mer agit avec les rayons solaires comme un mur stoppant net 60 % de la luminosité dès le premier mètre, 80 % dans les dix premiers et 99 % autour de 150-200 mètres. Au-delà de 600-1 000 mètres, la lumière ne passe plus et cède la place au noir intégral.

 

Pourquoi les abysses sont-ils une terre toujours incognita ?

C’est que l’homme n’y est pas vraiment le bienvenu. Une pression écrasante, un oxygène rare, des températures glaciales – dans n’importe quel océan du monde, à 1 000 mètres il fait entre 2 et 4 °C – et, par-dessus le marché, les ténèbres perpétuelles, on a connu des terrains d’exploration plus conviviaux… Aujourd’hui on n’a guère pu déchiffrer que quelques dizaines de kilomètres carrés sur les 300 millions que cumulent les fonds océaniques.

 

Les hommes se sont fait peur en imaginant les pires monstres.

Un bon chrétien n’a rien à faire dans l’eau, encore moins dessous. Dieu l’a créé pour arpenter de ses deux pieds la terre ferme, pas pour aller barboter sous les flots. « Où le regard s’arrête, l’esprit peut continuer », disait Hugo. Alors, à défaut d’aller en personne sous la mer, l’homme va y laisser vagabonder son imagination : les monstres Béhémoth et Léviathan hérités de la tradition biblique, le serra, inspiré du poisson-scie, qui tronçonne les coques des navires, la licorne de mer qui les transperce de son rostre affûté… Pendant des siècles, les clercs du Moyen Âge ne cessent de remplir le vide de l’abîme par le trop-plein de leur imaginaire, et les auberges à matelots frissonnent de récits horrifiques chuchotés entre deux chopines.

 

Quel est l’animal le plus monstrueux qu’on peut croiser aujourd’hui ?

Certains mythes ont rejoint la réalité. C’est le cas notamment du calmar géant, considéré pendant des siècles comme une farce de marin aviné et aujourd’hui reconnu comme l’espèce Architeuthis dux. Le plus grand spécimen retrouvé faisait 18 mètres, dont 11 mètres de tentacules. Mais ce n’est sûrement pas le record. Des museaux de cachalots ont été marqués par des cicatrices de ventouses de 45 centimètres de diamètre, ce qui mathématiquement devrait donner un bestiau d’une longueur de 45 mètres.

Partager
Écrit par
Michel Fonovich
Voir tous les articles