La mémoire et la vie – Verdun

 
Se rendre en Meuse, c’est saisir à bras le corps l’Histoire de France. La terre est à jamais marquée par les coups d’obus et les cicatrices des tranchées. Mais elle renaît aussi avec les vignes, les mirabelliers, et toutes sortes de plantes et d’animaux qui s’épanouissent dans des zones préservées. C’est parce qu’on aime la vie qu’il faut aller à Verdun. 
 
 
Il faut l’avouer: quand vous dites que vous avez passé des vacances à Verdun, les gens ont tendance à vous regarder bizarrement. Comme s’ils trouvaient la destination déprimante. Ils se trompent. D’abord, la campagne est belle. Très belle même. Postez-vous sur un point culminant. Regardez les fleurs blanches des mirabelliers dans la brume matinale. Écoutez les cloches des villages au loin. Puis imaginez le vacarme qui résonnait ici au siècle dernier, cette « tempête de battements rauques et sourds, de clameurs furibondes, de cris perçants de bêtes » décrite par Henri Barbusse dans Le Feu. Par endroits, il pleuvait une dizaine d’obus au m2. La terre en est restée bosselée, et les centaines de milliers de corps sans sépulture qui la parsèment en font un vaste cimetière pour l’éternité. Mais justement, c’est ce contraste entre l’enfer d’hier et la quiétude actuelle qui vous fera apprécier la vie comme nulle part ailleurs. (…)
 
 
  
Photographe : Jeremy Suyker
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Écrit par
Antonio Fischetti
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