Auriac, 230 habitants. La vallée de la Dordogne n’est pas loin qui fait son lit en rudoyant au passage quelques rochers sous le couvert d’une forêt hirsute. Les Monts du Cantal non plus.
Retour à la nature
Les jardins de Sothys /Auriac (Corrèze)
Si l’on se penche à l’est, on peut apercevoir le village de Salers avec au-dessus le puy Mary. Auriac et ses splendides jardins. La personne qui a présidé à leur naissance s’appelle Bernard Mas.
Son arbre généalogique prend racine dans ces terres rudes au début du XVIIIe siècle. Il n’est pas près de l’oublier bien que Sothys, son entreprise familiale basée à Brive-la-Gaillarde, vende crèmes, laits, fluides et autres gels à tour de bras aux instituts de beauté du monde entier. Il faut le reconnaître, Bernard Mas fait beaucoup pour les vieilles peaux où qu’elles se trouvent. (…)
C’était mieux avant
Fermes du Moyen Âge/Saint-Julien-aux-Bois (Corrèze)

Le seul reproche, au demeurant, qu’aient pu mériter mes parents, c’est d’avoir pas joué plus tôt le jeu de la bête à deux dos. Je suis né, même pas bâtard, avec cinq siècles de retard. Pardonnez-moi, Prince, si je suis foutrement moyenâgeux. » C’est du Brassens, mais ça pourrait être du Pierre Gire.
Onze ans qu’il ne fabrique plus éclairs et pets-de-nonne, onze ans que l’ancien pâtissier se dévoue corps et âmes à son village médiéval sur les hauteurs sauvages de la Xaintrie.Avec l’aide de son père et de son frère, il a construit chaumière après chaumière sur la base de recherches très fouillées et en utilisant des techniques et des outils d’époque. Une perceuse ? Non merci, messire préfère manier la tarière. (…)
Des gabares et des hommes
Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze)

En se penchant au-dessus de la Dordogne, le village pourrait entonner L’air des bijoux si prisé par la Castafiore, si redouté par Hadddock : « Ah ! Je ris de me voir si beau dans ce miroir ». Oui, Beaulieu porte bien son nom et la Dordogne peut se flatter de couler paisiblement sous son pont et se réjouir quand dans ses flots bleus se reflète l’élégante silhouette du clocher à peigne percé de cinq baies de la chapelle des Pénitents.
Les quais se situent quelques mètres en amont. Au XIXe siècle, ils accueillaient les gabares qui descendaient d’Argentat pour se rendre à Libourne chargées de merrains (planches servant à fabriquer les tonneaux), de carassones (piquets soutenant la vigne) et d’aliments. Dès le début du XXe siècle, l’activité baissait sensiblement puis disparaissait complètement. (…)
Le château du ténor
Castelnau-Bretenoux (Lot)

En voilà un, qu’il est difficile d’ignorer. Planté sur son promontoire, il gonfle ses remparts, bombe ses donjons, oublie de respirer. Pas étonnant qu’il soit rouge. Les barons de Castelnau ont vu grand et mastoc quand au XIIIe siècle, ils décident de construire un nid douillet pour leur famille. Laissé à l’abandon au XVIIIe siècle, victime d’un incendie au XIXe, le château de Castelnau-Bretenoux échappe à la ruine en 1896 grâce à Jean Mouliérat, un ténor de l’Opéra-Comique qui le rachète.
L’artiste vient de prendre sa retraite anticipée, ses cordes vocales ayant jeté l’éponge. Il cherchait justement une résidence d’été, le château situé dans son Quercy natal est une aubaine. Reste à le restaurer, l’arranger, le meubler. Heureusement Jean ne manque pas d’idées. (…)
Village people – Vallée de la Dordogne
Loubressac (Lot)

Minuscule, le village de Loubressac se pelotonne autour de son château du XIVe siècle posté à l’à-pic d’une falaise. Dans les années 1960, il dépérissait. Dans les années 1970, Georges Lautner y tournait un nanar intitulé Quelques messieurs trop tranquilles avec dans les rôles-titres trois avions de chasse : Michel Galabru, Paul Préboist et Jean Lefebvre. Il y avait aussi l’accorte Miou-Miou. À l’évidence, le film aurait dû s’appeler La belle et les bêtes. Il aurait dû aussi faire rire, mais cette fois, manque de pot, Audiard n’était pas aux dialogues.
Gabriel Marc se souvient des deux lascars, Préboist et Lefebvre qui venaient chez lui boire de la prune. « Des gouffres ! Ils remplissaient toujours les verres ». Le jugement est celui d’un expert. Gabriel a piloté des barques pendant 23 ans au fond du gouffre de Padirac. Outre les gouffres, Gabriel connaît par cœur son village où il est né en 1928. Il en convient, cela fait un bail et quand il passe devant l’église Saint-Jean-Baptiste du XVIe siècle, il lâche, fataliste : « Ici, j’ai fait mon baptême, ma communion, ma confirmation, mon mariage. Le prochain sacrement me fait un peu peur, mais il faudra que j’y pense. » (…)
Escale élégiaque
Carennac

Après Loubressac, Carennac. Tous ces « ac » qui fleurissent dans la vallée, d’où viennent-ils ? D’assez loin. Pour être précis, de l’époque gallo-romaine. Le suffixe acum servait à indiquer l’appartenance d’un lieu à une personne. On l’ajoutait au patronyme. Avec le temps acum s’est transformé en ac. À l’abri d’une imposante enceinte, le village a conservé un remarquable ensemble architectural : église romane, cloître et château des Doyens. (…)
Les copains d’abord – Vallée de la Dordogne
Atelier – Musée Jean Lurçat /Saint-Laurent-des-Tours (Lot)

Casino/Saint-Céré (Lot)
D’abord, c’est une histoire de copains. D’un côté, Jean Lurçat, Lotois d’adoption, peintre, artiste touche-à-tout qui excella dans la tapisserie au point d’en faire un art du XXe siècle. Découvrant au sommet d’une colline, le château de Saint-Laurent-Les-Tours ou du moins ses ruines, deux grandes tours distantes semblables à deux sentinelles un peu godiches qui voudraient bien s’asseoir pour se reposer, mais qui n’osent pas, il s’exclame : « Nom de Dieu, je veux crever si un jour ce n’est pas à moi. » Elles furent à lui en 1945 et dès lors, il y vécut et travailla avec passion.
De l’autre côté, Jean Cassagnade, maraîcher, ancien joueur de rugby, une force de la nature. Il habite en bas, à Saint-Céré et il voit plus loin que le bout de ses carottes. Il confie en 1945 à son neveu, Pierre Delbos, la gestion d’un dancing qui deviendra sous le nom de Casino bien qu’on n’y ait jamais vu un jeton, une salle de spectacles de music-hall et une galerie d’art.
Découvrez le récit complet La vallée de la Dordogne dans le AR numéro 36, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne.
