Touriste – Julien Blanc-Gras

Sur la couv’, un pingouin regarde passer les avions sur le tarmac d’un aéroport. Il aimerait bien connaître autre chose que la glace et le blizzard. En fait, il rêverait de voyager. S’il le pouvait, il serait touriste à la façon de Julien Blanc-Gras qui s’acharne à découvrir le monde. Pas bégueule, Julien veut toutes les destinations, les belles et les moches. Ça lui vient de l’enfance quand il prenait pour doudou une mappemonde gonflable et qu’il s’endormait le menton posé sur le Groenland et le cœur palpitant au-dessus du Pacifique.
Partout où il passe, son sens de l’observation et de la formule fait mouche si bien qu’il est difficile de ne pas se bidonner à chaque page. Comme de surcroît sous la pointe d’humour ou d’ironie affleure souvent une analyse pénétrante des situations politiques ou sociales, cette lecture fait vraiment du bien. En quelques mots tout est dit. À Bombay dans un palace, « loin de la lèpre, s’ébroue une jeunesse tout de Prada vêtue qui s’enfile des cocktails aux prix prohibitifs, même pour un ressortissant de la zone euro. Je constate que les codes de la grande pétasserie internationale s’appliquent au pays de Gandhi comme à celui de Paris Hilton. » À Bogotá depuis seulement une heure, il note : « Je ne risque pas de me faire dépouiller, mes bagages se sont égarés quelque part vers Caracas ». Pour clore le chapitre par cette phrase : « Car en dépit de leurs catastrophes éternelles et quotidiennes, les Colombiens ont moins peur que vous. » Oui, les préjugés en prennent un coup. Écoutez ça : « Il n’y a pas vraiment de plage de sable blanc à Tahiti. » Déjà qu’il y allait à reculons, car « c’est ici que Joe Dassin nous a quittés ».
N’attendez plus, allez au diable vauvert pour vous délecter des tribulations de JBG.
Touriste, Julien Blanc-Gras
Partager
Écrit par
Michel Fonovich
Voir tous les articles