Le Cantal, pays des volcans assoupis, des vaches rouges, des fromages qui fleurent la réglisse, des villages de pierre et des châtaignes dorées. Le Cantal où des hommes et des femmes ont reçu la révélation de leur passion. 7 rencontres inspirantes.
Sculptures à quatre mains
Il y a quelque vingt années, Ghyslaine et Sylvain Staëlens ont quitté Paris et leurs boulots dans l’informatique et la télévision. Direction, la maison familiale du Cantal. L’endroit leur semblait propice pour se consacrer à la sculpture, leur nouvelle passion.


« Le pays nous a absorbés. Ici, on trouve tout ce qu’il faut pour créer nos œuvres : pierres volcaniques, bois flotté, grillages, clous rouillés, cordes, fils, laines… On coud, on entortille, on lie tous les éléments les uns aux autres en travaillant à quatre mains. De ce triturage émerge notre univers constitué de personnages entre momies et poupées vaudoues. Ils sont tous nos petits, notre famille. Si au départ ils peuvent effrayer, on se sent vite touché par l’humanité de ces êtres mis à nu. »
Drôle de vie de château
Dans ce coin du Cantal, loin des hommes, Benjamin Brunet, profession charpentier, a acheté en 2017 le château de Saint-Cirgues-de-Malbert. Un château en ruines, très en ruines. Il le retape en employant les techniques en vigueur au XVIIesiècle.

«J’ai pas les moyens d’acheter les matériaux, ni d’embaucher, alors, je récupère tout, et je fais moi-même en apprenant sur le tas. J’ai coupé à la hache des châtaigniers avant d’en faire des poutres. Au rythme actuel, je devrais poser les rideaux à 94 ans ».
Au début, Benjamin n’était pas pris au sérieux par les gens du village, mais après 7 ans de travaux, ils doivent se rendre à l’évidence : « Ils voient que ça avance, que je relève le patrimoine. »


Le Château. Saint-Cirgues-de-Malbert. Pour visiter le château, passez au débotté. Si Benjamin est disponible, il fera le guide. Sinon, envoyez un message à châteaudesaintcirgues@gmail.com.
Le grand retour de la châtaigne
Au sud-ouest du Cantal, entre la Cère et la vallée du Lot, les montagnes se font plus douces et le climat plus clément. Là-bas, les châtaigniers, qui ont longtemps nourri la population, ont donné leur nom à la région.


Nous sommes en Châtaigneraie Cantalienne où la culture de la châtaigne connaît un renouveau après avoir été progressivement abandonnée à partir des années 50. Henri Monnier, lui, y croit. « J’ai rénové cette châtaigneraie et j’ai planté sept nouveaux hectares. À Lacapelle-del-Fraisse, j’ai aussi monté un atelier qui emploie plus de dix salariés pour éplucher les fruits et les mettre en bocal à l’automne. »

Une galoche, oui, mais une galoche du Cantal !
« On va sortir la galoche Barbie en rose ! lance fièrement Sébastien, l’un des derniers galochiers de France. Les galoches reviennent à la mode depuis que Dior les a popularisées dans ses défilés. On en fabrique maintenant plus de 2000 par an. Et, on innove avec des peaux de vache imitation zèbre, des imprimés écossais ou à fleurs. On a même ouvert un show-room dans le 8e à Paris. »

Dans la boutique-atelier de Marcolès, on peut voir Sébastien en train de découper et coudre le cuir avant de le clouter sur les sabots.«Pour trouver galoche à son pied, il faut galocher, m’explique Sébastien. C’est-à-dire, marcher en faisant claquer contre le sol le sabot, c’est le meilleur moyen de la tester. »
Cantal, terre de street art
Sur les murs des cités et des villages du Cantal, on compte une centaine de fresques géantes. Un patrimoine inestimable sur lequel veille Vincent Pietri, alias Vince, directeur artistique du Festival 10ème Art dédié au street art.


Depuis 2016, il invite chaque année de juin à août des artistes locaux ou internationaux à venir peindre à Aurillac ou ailleurs dans le département. Ils sont émergents ou très cotés comme Vesode, SatOne ou Mye et s’emparent des murs d’immeubles pour produire des œuvres monumentales qui transforment le quartier. Fini la bombe de peinture, maintenant, ils font fabriquer la peinture sur mesure pour qu’elle soit agréable à utiliser et qu’elle tienne dans le temps.
Pour l’amour du fromage
« On est créateur et affineur de fromages. Le patron, Pierre Lantuejoul, a cassé le format de la meule de 42 kilos au profit de petites tommes de 700 g avec 100 % lait cru de Salers. Je passe ramasser les fromages chaque semaine auprès de nos producteurs puis on les affine 3 à 6 mois jusqu’à commercialisation. J’aime être dans la cave. » – Marie-Paule, affineuse à la Maison Marie Séverac à Thiézac.


« Chacun sa passion, moi c’est de prendre soin de mes fromages. Je frotte environ 700 fromages par jour pour qu’ils développent leur croûte, c’est de la matière vivante ! On a gagné des concours ; Guy Savoy et Adrien Descouls passent commande chez nous, c’est la reconnaissance de tout le travail accompli. »
Le Cantal en mode original
Manger une côte de bœuf au pied d’une cascade ou une truffade au milieu des vaches, plonger dans un lac glacé… Damien Gaston a mille idées pour organiser des expériences inoubliables dans le Cantal et nulle part ailleurs. Entretien avec Damien Gaston, fondateur de Mycantal.fr
Quelle est la raison d’être de Mycantal.fr ?
J’ai monté cette agence pour imaginer des choses nouvelles ici, pour créer des souvenirs qui n’existent pas, autour du sport, du bien-être et de la bonne bouffe. Nous organisons depuis 2020 des évènements 100 % made in Cantal, car notre terrain de jeu est immense.
Quelles activités proposez-vous ?
On organise des repas dans des lieux insolites, des randos avec des surprises, des soirées au coin d’un cantou, des visites de producteurs locaux… En septembre, on organise un triathlon sur le Grand site du Puy Mary.

J’ai testé la baignade en eau froide, un sacré défi pour moi ! Tôt le matin, on s’est retrouvé au lac de Graves à 1400 m d’altitude. On utilise la méthode Wim Hof [du nom du Néerlandais qui préconise les bains gelés], à savoir des exercices de respiration avant de se jeter dans l’eau froide. En janvier, on organise le week-end du Grand Froid. Les gens viennent de partout pour se mettre le cul dans une eau entre 5 et 7° C.
Pratique
Y aller
En train. Arrivées à Aurillac, Murat ou Le Lioran (formule train + ski).
En train de nuit. La ligne Paris-Aurillac a ainsi été relancée le 10 décembre 2023, après vingt ans d’arrêt, mais circule uniquement les vendredis et les dimanches soir. Départ d’Austerlitz à 19h27, arrivée à Aurillac à 7h30. Départ d’Aurillac à 22h42, arrivée à Paris à 8h31.
Par la route : 5h de Paris, 3h de Lyon, 3h de Bordeaux et 2h30 de Montpellier.
En avion : Aéroport Aurillac-Tronquières avec des vols quotidiens sur Paris.
MANGER
L’Auberge du Tilleul, Leucamp. Une cuisine simple et locale avec à midi une formule entrée-plat-fromage-dessert à 15 €. Bien sûr, il y a un tilleul pas loin. Et pas des moindres vu qu’il a 400 ans. Tél. 04 71 62 23 36
Le Mozart, Giou-de-Mamou. Bien qu’ayant travaillé pendant quinze ans chez des étoilés, Alexandre Huguet-Bataille ne court pas après les étoiles. Il a installé son resto de 20 places à seulement 5 minutes d’Aurillac, dans un décor champêtre. Sa particularité ? Vous choisissez le menu entre 2 et 7 plats, et c’est la surprise ! Alexandre improvise en fonction du moment, mais toujours le terroir est mis à l’honneur. Formule à partir de 32 €.
DORMIR
La Chapellenie, Aurillac. Autrefois, refuge pour les pèlerins, la bâtisse médiévale accueille aujourd’hui des voyageurs et des artistes. Friedrich Pfeffer et sa femme Isabelle, l’ont décoré d’objets rares et insolites chinés lors de leurs périples autour du monde : lits napoléoniens pliables, kakemonos japonais, tapis de soie de Bombay, portes de fer d’un château praguois… Une nuit à la Chapellenie, c’est la promesse d’un voyage hors du temps.
La Chapellenie. Aurillac. 4 très grandes chambres (jusqu’à 10 p.), un jardin clos, une cuisine, un salon avec un cantou (cheminée monumentale).
La Maison de Jeanne. Thiézac. Maison d’hôte premier choix tenu par Chrystelle et Hugues, 2 franco-belges qui ont retapé un lot de maisons en ruine pour en faire 4 gîtes et un lieu de vie. Parfait pour organiser des cousinades ! Dans leur grande maison qui était l’hôtel particulier d’une cantatrice, Ils ont fait 4 chambres d’hôte. Ils accueillent les clients dans leur salon et cuisine comme s’ils recevaient des amis.
Ch. double avec le pdj à partir de 80 €. Gîtes 4 p. à partir de 450 € la semaine.
VISITER
Le jardin de mon grand-père, Aurillac. Dans sa boutique, Florence Kusnierek propose les choses qu’elle aime : objets de déco, tissus, sacs, savons, bougies… mais surtout une centaine de parfums de sa création. Sa spécialité ? Le parfum solide à base d’ambre, de cèdre ou de patchouli pour embaumer la maison. La petite curiosité ? Son orgue de parfums où sont rangées ses dizaines de flacons de matière première.
La Maison de la Châtaigne, Puycapel. Tout, tout, tout, vous saurez tout sur la châtaigne ! Un écomusée pour comprendre l’histoire locale de l’arbre à pain, un sentier de découverte de 3 km pour une lecture du paysage et à l’arrivée une boutique dédiée à la châtaigne sous toutes ses formes. Ne pas rater la Foire de la Châtaigne en octobre à Mourjou.
Toutes les infos pour préparer son séjour : www.auvergne-destination.fr
Photos : Franck Ferville
Cet article est à retrouver dans son intégralité dans le AR N°68, disponible en kiosque et sur notre boutique.
