Beyrouth, où va la nuit ?

 

Beyrouth, ce n’est plus Beyrouth. La ville n’est plus seulement cette capitale balafrée par les guerres civiles et les bombardements. Longtemps surnommée « le Paris du Moyen-Orient », elle est devenue, selon le New York Times, la première « place to be » pour ses nuits débridées. Des nuits où transpire l’énergie d’une ville qui ne veut pas disparaître.
 
La nuit tombe, littéralement. En quinze minutes, le soleil est avalé par l’horizon. Un quart d’heure pendant lequel les passants ralentissent le pas sur la corniche de Raouché. Des couples s’accoudent aux rambardes pour contempler la grotte aux Pigeons, en fait deux grands rochers plantés dans la mer à une encablure de la côte. Soad et Abbas sont venus chercher la fraîcheur, loin de leur quartier chiite envahi par la poussière que brassent les pelleteuses sur les chantiers de reconstruction. Leurs enfants jouent avec la bonne bangladaise qui ne parle pas plus anglais qu’arabe. Abbas est charpentier, Soad est infirmière. Ils ont trente ans et appartiennent à cette nouvelle classe moyenne chiite. « Et vous aimez le Liban ? », lance Soad. La conversation s’engage sans autre préambule. « Moi, je ne l’aime pas » s’empresse-t-elle de répondre  avec un sourire amer. (…)
 
 
 
 
Photographe : Juliette Robert
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Écrit par
Albert Zadar
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