La Creuse, un département perdu dans la « diagonale du vide » ? Pas du tout. La France semble redécouvrir ce territoire choyé de rivières et de forêts, d’une simplicité parfaitement assumée. Elle attire aujourd’hui des artistes innovants et des néo-ruraux en quête d’authenticité. Un slogan de t-shirt plutôt malin résume leur état d’esprit : « Je n’ai pas choisi d’être creusois, j’ai juste eu de la chance… » Et si vous aussi, vous deveniez creusois ?
Une virée à la Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson
L’institution, à la fois lieu de formation et musée, a dépoussiéré la tradition des grandes tentures narratives – ces séries de tapisseries illustrant les épisodes d’un récit – en commandant 16 tapisseries réalisées d’après des illustrations originales de J.R.R. Tolkien, puis 4 autres, bientôt 6, issues de l’imaginaire de Hayao Miyazaki. Le Château Ambulant ou le Voyage de Chihiro, voilà qui parle un peu plus aux milleniums qu’Orphée tentant de ramener Eurydice des Enfers. Il faut bien vivre avec son temps.

Dernier projet pharaonique de la Cité, une tapisserie-ruban monumentale de 23 m de long sur 2,15 m de haut pour célébrer l’an prochain les 150 ans de la mort de George Sand. Le dessin a été confié à l’artiste Françoise Petrovitch et son tissage à la manufacture Robert Four, la dernière manufacture d’Aubusson encore en activité.
Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson. Entrée : 9 €.
Manufacture Robert Four. Visite sur rdv par l’OT. Tél. : 05 55 66 32 12
Lissière municipale à Aubusson
On connaissait le policier municipal ou le jardinier municipal, mais pour voir la seule lissière municipale de France il faut se rendre à Aubusson, dans une noble maison à tourelle du XVIe siècle. C’est là qu’Océane Masson-Brage répond aux questions des curieux tout en travaillant sur son métier à tisser.

Le plus difficile ? « Monter les fils de chaîne. Il faut que chacun ait la même tension, le même écart. La moindre erreur et tout est à refaire. C’est le seul moment où j’ai besoin d’être seule dans l’atelier. » La mairie l’a embauchée pour lui confier la réalisation de deux toiles par an en moyenne : l’une est destinée à la municipalité, l’autre à l’artiste à l’origine du dessin. « Mon rôle est aussi de renseigner les visiteurs, je ne cours pas après la rentabilité. Dès que je me penche sur le métier, je rentre dans un autre espace-temps »
La Maison du Tapissier, 63 rue Vieille, Aubusson. Entrée 5 €.
Sur la piste des peintres à Crozant
Imaginez une presqu’île piquetée de ruines médiévales à la confluence de la Creuse et de la Sédelle. Rien d’étonnant à ce qu’une foule d’artistes ait rappliqué avec force chevalets et tubes de gouache pour saisir « sur le motif » ce somptueux panorama. De 1820 à 1930, au moins 600 peintres sont venus par ici, d’abord dans les cahots de la malle-poste ou de la diligence, puis, dès 1856, par le chemin de fer.

« Les grands musées nationaux ont longtemps nié l’existence d’une école de Crozant, persistant à attribuer à la Bretagne ou à la Normandie, les paysages creusois » explique Pierre Veysseix, directeur du tourisme et des sites culturels du Pays Dunois. « Il n’y a pas de chef de file et le phénomène dure plus d’un siècle, mais il s’agit bien d’une école. »
Les paysages de la vallée évoluent d’une toile à l’autre en fonction des différents courants : les premiers peintres « d’après nature » comme les frères Rousseau ouvrent le bal avant de laisser la place aux impressionnistes comme le sous-estimé Guillaumin, aux post-impressionnistes Madeline ou Detroy, jusqu’aux cubistes (Picabia) et fauvistes (Osterlind). Tout ce petit monde se réchauffait le pinceau la plupart du temps à l’hôtel Lépinat, aujourd’hui transformé en musée.

Musée Hôtel Lépinat, le musée de l’histoire des peintres de la Vallée de la Creuse. Crozant. Entrée 6,50 €.
Forteresse de Crozant. Entrée 4 € de 8h à 22h.
Le château de Boussac, le château de la Dame à la Licorne
La noble bâtisse, perchée sur un éperon rocheux au-dessus de la Petite Creuse, a été le théâtre d’une sacrée trouvaille. George Sand venue en voisine depuis Nohant à 40 km de là y a situé l’action de Jeanne, son premier roman paysan. Le château vendu à la ville depuis 1837 est alors le siège de la plus petite sous-préfecture de France.
L’écrivaine y remarque d’étonnantes tapisseries maltraitées par les occupants du lieu, certaines sont roulées, d’autres servent de tapis de sol pour la voiture du sous-préfet. Elle en parle à son copain Mérimée alors inspecteur général des monuments historiques qui les fait racheter par l’État. Depuis, les célébrissimes tapisseries de la Dame à la Licorne ornent les murs du musée de Cluny. Un sauvetage in extremis.

L’autre sauvetage, celui du château lui-même, survient un jour de janvier 1965 quand un jeune couple de Parisiens, Bernadette et Lucien Blondeau le rachète. Pendant des décennies il a fallu remettre d’aplomb cette bâtisse. Meubles et tapisseries chinés avec soin illustrent dans chaque pièce un siècle, une atmosphère différente. Mention spéciale pour la collection de 400 cannes.
Château de Boussac. Visites de Pâques à la Toussaint tous les jours, sur rdv en hors-saison.
L’art du pain sur l’île de Vassivière
La « boulangerie », il faut bien l’appeler ainsi, se trouve non loin du château de l’île de Vassivière, au milieu du lac du même nom, aux confins de la Creuse et de la Haute-Vienne. Le bout du monde. Et sûrement l’endroit le plus improbable pour vendre des miches. Et pourtant, tous les jours, de mai à octobre, les gens font la queue, parfois pendant plus d’une heure, pour s’arracher les pains de Benoît Brissot.

À l’origine de ce succès inattendu, un coup de cœur pour un four de 1780, retapé en 1870, dans lequel ce sont les pierres chauffées au préalable par une bonne flambée, qui cuisent dans un premier temps le pain puis les brioches. Attention, il ne s’agit pas ici de faire des baguettes tradition à la papa. Benoît, ancien scénographe, a développé son projet artistique autour du pain. Pains à base de seigle, de grand épeautre, de blé et de blés anciens, pains smiley, batman ou campayou au dos gravé d’un visage humain… la créativité de Benoît fermente encore plus vite que ses levures.
La Pierre à pain. Du 1er mai au 1er octobre. À partir de 11h. Château de Vassivière

PRATIQUE
Y aller
Environ 4 h de route depuis Paris pour arriver dans la Creuse. Sinon, seulement 3 h de train depuis Paris Austerlitz jusqu’à La Souterraine.
Dormir
La Creuzette, Boussac. Ce superbe château Napoléon III de 1873, élégamment meublé, a été restauré avec soin par des Sud-Africains. L’hôtesse De Vera sait recevoir avec faste. Son dîner à 75 € vin compris vaut bien des restaurants gastronomiques. 5 chambres à partir de 170 €.
Hôtel de Colbert, Aubusson. Très bel hôtel particulier du XVIIIe siècle au centre d’Aubusson. 4 chambres à partir de 90 € la nuit. Tél. : 05 55 83 19 92.
Les Chambres du Lac, Saint-Marc-à-Loubaud. Une maison d’hôtes chaleureuse près du lac de Lavaud Gelade et à 10 km du lac de Vassivière. 4 chambres à 85 €. Dîner à 27 €.
À faire, à voir
Les thermes d’Évaux-les-Bains. Leur histoire remonte à plus de 2 000 ans. C’est l’unique station thermale de la Creuse, réputée pour la rhumatologie, la phlébologie et la gynécologie. Forfait découverte 59 € pour 4 soins. On y va aussi pour le spa, 2h, 29€.
Atelier-musée des cartons de la tapisserie. Dans la tapisserie, il ne faudrait pas oublier le « carton », le modèle grandeur nature, réalisé par des peintres spécialisés (huile sur toile, gouache sur papier, dessin…) qui est glissé sous la chaîne du métier à tisser et sert de guide au lissier pour la réalisation de la tapisserie. Chantal Chirac antiquaire et restauratrice de tableaux est devenue la grande spécialiste de ce patrimoine méconnu. Le musée propose une collection permanente de modèles originaux en visite guidée (10 €).

Le Centre international d’art et du paysage. Ce lieu artistique unique en son genre, niché sur l’île de Vassivière, accueille des expositions temporaires d’art contemporain, expérimental et immersif, en lien avec le paysage, l’écologie, l’architecture ou le territoire. L’île elle-même est un espace d’exposition permanent, avec une trentaine de sculptures monumentales disséminées dans la nature.
Parc aux loups de Chabrières. Créé en 2001, il accueille plusieurs meutes de loups gris européens, loups blancs arctiques, loups noirs du Canada (Mackenzie) dans de vastes enclos boisés. Entrée 13,50 €.
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