Un voyage au parfum de légende aux Marquises

Marquises, un voyage au parfum de légende : épisode 1

Enfonçons-nous dans le bleu de l’océan Pacifique et partons pour les Marquises. Nous y trouvons juste en dessous de l’équateur une poignée d’îles pointues comme des hallebardes. Sur leurs flancs prolifère une végétation aussi luisante que les élytres d’un scarabée. Privées d’une barrière de corail, elles n’ont pour se défendre contre la houle impavide que des pointes de basalte acérées, lointaines réminiscences d’une jeunesse qui fut volcanique.

 

Au pays des Tiki 

 

Cet archipel, on l’appelle Marquises, mais que le grand Cric me croque si l’on a déjà vu une marquise cueillir des noix de coco sur une des douze îles (six seulement sont habitées). Ce nom a quelque chose de magique. Il fait naître des visions exotiques : beaux arbres qui donnent en abondance des fruits savoureux, grandes pirogues de bois fendant les flots nerveux, tatouages aux captivants motifs géométriques, idoles de pierre tapies dans les forêts, cannibales au féroce appétit appartenant à un temps révolu.

Ce nom, on le doit à Alvaro de Mendaña, navigateur espagnol, qui passant par là par hasard en 1595, tomba sous leur charme et les baptisa « Marquesas de Mendoza » en l’honneur de l’épouse du vice-roi du Pérou, le marquis García Hurtado de Mendoza. Alvaro aurait pu faire plaisir à sa femme Isabel qui se trouvait à bord, mais il trouva plus avisé de flagorner son maître.

Retombées aussitôt dans l’oubli pour le plus grand bonheur des autochtones, les Marquises attendirent jusqu’en 1774 pour recevoir une autre visite d’importance en la personne de James Cook. Joseph Ingraham, un Américain, se pointa en 1791 tout comme le Français, Étienne Marchand, qui au nom de la France s’en empara et les nomma îles de la Révolution. Ce haut fait ne déboucha sur pas grand-chose et il fallut attendre 1842 pour que l’amiral Dupetit-Thouars en prenne possession définitivement sous le nom de Marquises, l’époque étant devenue moins révolutionnaire. Les Marquisiens, eux, avaient toujours appelé leurs îles, Henua Enana, ce qui signifie Terre des Hommes.

 

Gymkhana à Nuku Hiva

Nuku Hiva est la plus grande des Marquises. En Polynésie française, seule Tahiti la surpasse en superficie, Tahiti qui se trouve à 1500 km au sud, une distance que l’on franchit en un peu plus de trois heures à bord d’un ATR 42. Alors que l’on glisse dans l’azur infini apparaissent soudain sous la carlingue de délicates corolles de sable blanc, boucles d’oreilles déposées sur le velours bleu de l’océan : les îles Tuamotu. Flottant au ras de l’eau, elles ont plutôt intérêt à amadouer les vagues.

Tout le contraire de Nuku Hiva dont le mont Tekao se la pète à 1224 m. Atterrissage au nord de l’île, là où l’on a trouvé le seul endroit à peu près plat pour aménager une modeste piste. Il est conseillé au pilote de freiner sans délai sous peine de faire un grand plongeon. Ceux qui se croyaient arrivés déchantent. L’aérodrome ne s’appelle pas “Terre déserte” pour rien.

 

 

Il faut pour rejoindre sur la côte sud, Taiohae, la capitale, emprunter une route vertigineuse zigzaguant d’une crête à l’autre, tutoyant les ravins, surplombant les canyons. Au passage du col, l’air frais remet d’aplomb les estomacs sensibles aux virages. Surprise ! Une brume cotonneuse emmitoufle de grandes forêts de pins des Caraïbes se déployant sur les plateaux. Sensation étrange de se retrouver dans les Vosges, vite reprendre un bol d’air des tropiques. Il suffit pour cela de venir à bout de l’interminable descente.

Sur les côtés, on aperçoit quelques chevaux. Il y a des chèvres aussi. Richard Deane est guide. Au volant de son imposant 4X4 Isuzu D-MAX, il fait souvent l’aller-retour pour aller chercher des clients en mal d’aventures. Il se rappelle du temps pas si lointain où la route n’était qu’une piste : « Il fallait quatre bonnes heures pour aller d’un point à l’autre seulement distant de 15 km à vol d’oiseau. En cas de pluie, cela devenait franchement dantesque. »

 

Gare aux nonos

Aujourd’hui, il faut moins de deux heures pour rejoindre la somptueuse baie de Taiohae en forme de fer à cheval où quelques voiliers au mouillage balancent mollement leurs mâts dans l’alizé. Quand le jour décline, on voit des jeunes gens s’échiner à pagayer sur des pirogues à balancier d’une extrémité à l’autre de l’arc formé par la plage. Bienvenue dans la capitale d’une île comptant un tribunal, un hôpital, un collège accueillant tous les élèves de l’archipel, une prison minuscule dont la cour possède pour tout mur une haie composée de quelques arbres clairsemés.

Les détenus au nombre maximum de cinq doivent avoir l’impression de purger leur peine en vacances. Les habitants estimés à 3000 (9 000 dans l’archipel) sont infiniment moins nombreux que les nonos, d’affreux moucherons assoiffés de sang, des cannibales, des vrais. Il y a le nono noir des rivières et le nono blanc des plages. Seuls la couleur et le lieu de leurs exactions diffèrent. Pour le reste, ils attaquent en escadrilles silencieuses et ne font pas de quartier. Leur voracité répugnante, les terribles démangeaisons qu’ils infligent en font des êtres dignes d’apparaître dans des légendes et de figurer sur des tatouages. Nettement plus sympathiques sont les requins soyeux qui patrouillent dans la baie pas très claire. Inoffensifs même au dire de Richard qui ne se souvient pas de cas d’attaques.

Les amateurs de baignade hésiteront toutefois à s’élancer pour un crawl après avoir vu à l’aube les squales se jeter sur les abats de poissons jetés par les mareyeurs dans les eaux du port. Alors piqûre de nono ou morsure du requin ? S’il faut choisir, je préfère la seconde, car elle au moins ne déclenche pas cette furieuse envie de se gratter.

[Lire la suite dans l’épisode 2]

© photos : Grégoire Le Bacon – Tahiti Tourisme

Au pays des Tiki

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Écrit par
Michel Fonovich
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