Suisse : un grand tour en train (partie 2)

Les prouesses du Bernina Express

On reprend notre baluchon de voyageur du rail en Suisse. Un crochet par l’Italie du Nord nous dépose à Tirano, point de départ du Bernina Express.

À bord du Bernina Express, de Tirano à Coire.

Victoria, contrôleuse blondinette directement issue d’un épisode d’Heidi, nous accueille de son grand sourire. Encore un train panoramique, me direz-vous. Oui, maison a gardé le meilleur pour la fin. Victoria nous explique que le Bernina nous ramène vers le nord en traversant 55 tunnels, serpentant à flanc de montagne à petite vitesse (40km/h en moyenne), à l’aise entre les mélèzes. On se hisse sur des viaducs hélicoïdaux qui permettent de braver des pentes à 70%, victoire de l’ingénierie humaine sur les embuches du relief. Petit plus qui fait la différence: il y a une bibliothèque à bord. Mais en vérité, on n’a pas vraiment le temps de lire, de peur de rater une des splendeurs que la nature a généreusement semées dans les environs.

Victoria, contrôleuse à bord du Bernina Express
En gare d’Alp Grüm. Virée à bord du Bernina Express, de Tirano à Coire.

Nous sommes partis de 429 mètres et une heure et demie plus tard, nous voici à Alp Grüm, 2091 mètres, pour une halte d’altitude. Primo, qui tient le café-restaurant-hôtel où l’on mange des glaces avec vue sur glacier, fait aussi office de chef de gare. «Tous les jours, des gens oublient de remonter dans le train parce qu’ils sont hypnotisés par le paysage.» Et nous ne sommes même pas encore au point culminant.

Quelques kilomètres plus tard, l’Ospizia Bernina (2253 mètres) étale son panorama de banquise en débâcle sur son lac émeraude (et dire que ce matin, nous étions parmi les palmiers). Un conseil: prenez vos écouteurs et lancez le concerto 21 de Wolfgang Amadeus Mozart, vous aurez l’impression de planer dans le ciel, à travers un univers de pureté ou vous croiserez quelques anges bienveillants qui vous feront coucou (je n’ai pas pris de drogue, promis).

Terminus Saint-Gall

On redescend vers la Suisse alémanique, Saint-Moritz par ci, Davos par là, et on s’arrête à Coire. Nous sommes dans les Grisons, le plus grand canton du pays, frontalier du Liechtenstein, où l’on parle le romanche. C’est une charmante bourgade aux clochers chatoyants, qui s’enorgueillit d’être la plus vieille ville de Suisse. Plus de 200 fontaines y glougloutent allègrement pendant que des touristes pratiquent le golf urbain dans les ruelles médiévales. Il faut le voir pour le Coire, se dit-on en descendant une chope de Galanda (la bière locale) à l’Edelweiss, une taverne suisse populaire (ça existe) où l’on se partage les tables à la bonne franquette avant d’aller ingurgiter quelques tranches de viande des Grisons, charcuterie qui fait la renommée internationale du canton.

Escale et visite de Coire, plus ancienne ville de Suisse.

Il est déjà l’heure de repartir dans un train normal (ça existe aussi) pour Saint-Gall, chef-lieu du canton éponyme, au nord-ouest du pays, à la frontière avec l’Allemagne. Non loin du lac de Constance, la ville est fameuse pour son abbaye, fondée au VIIIe siècle, dont le trésor est une bibliothèque abritant un incroyable fonds d’ouvrages anciens: des incunables, des codex, des milliers de livres enluminés par les moines copistes, pour certains vieux de plus d’un millénaire. Le tout dans un antre baroque rococo qui donne l’impression d’évoluer dans Le nom de la rose –la bibliothèque de Saint-Gall a inspiré Umberto Eco. Toi qui aimes les livres, entre ici avec la joie et la déférence due à la permanence des choses écrites.

Aux abords de l’abbaye de Saint Gall

Permanence, stabilité, tranquillité. Telle pourrait être la devise suisse, tranchant avec la cavalcade de notre monde changeant et troublé. Monde dans lequel il faut bien revenir à l’issue de nos aventures ferroviaires. Nous avons emprunté une vingtaine de trains ponctuels, une télécabine et un bateau, traversé quatre zones linguistiques et une dizaine de cantons, englouti trop de chocolat, observé environ 27314 vaches et empli nos yeux de merveilles, que l’on dépose dans le coffre-fort de nos souvenirs pour les temps à venir. Terminus, tout le monde descend.

Pour lire la partie 1 d’Un Grand Tour en Train

Textes : Julien Blanc-Gras

Photos : Jeremy Suker

A lire dans AR60

Partager
Avatar photo
Écrit par
Julien Blanc-Gras

Né en 1976, Julien Blanc-Gras est un écrivain et journaliste-reporter.
Après des études de journalisme à Grenoble, il obtient un DEUG d’histoire puis une maîtrise en journalisme, puis à Hull en Angleterre.

En 2005, il publie au Diable vauvert, « Gringoland », qui conte un périple latino-américain et sera ensuite lauréat du festival du Premier Roman de Chambéry et « Talents à découvrir » des librairies Cultura.

En 2008, il publie « Comment devenir un dieu vivant », une comédie apocalyptique déjantée, puis « Touriste » en 2011, et « Géorama » en 2014.

Il a également séjourné aux îles Kiribati à l’automne 2011 pour réaliser son livre, « Paradis (avant liquidation) » (2013).

Voir tous les articles