Chine, Pologne, Kenya … Notre sélection cinéma pour un weekend évasion en compagnie des homosexuels du Kenya, des amoureux polonais lors de la guerre froide ou encore les populations chinoises du désert de Gobi. A vos agendas !
Les âmes mortes
Un film de Wang Bing
Wang Bing n’en finit pas d’ausculter le passé et le présent d’une société chinoise en perpétuelle évolution. Cette fois, son regard acéré s’est tourné vers des camps de rééducation. Installés dans le désert de Gobi, dans la province de Gansu, au nord-ouest de la Chine, ceux de Mingshui et Jiabangou notamment.
C’est là qu’à la fin des années 50 furent envoyés tous ceux qui avaient cru que les bouches pouvaient s’ouvrir. Il se sont exprimé sans détour leur opinion sur la révolution communiste et son chef, le président Mao. Mais ce dernier referma bien vite sur eux le piège ainsi tendu. Ils furent considérés comme des éléments d’extrême droite capables de nuire au régime. Il convenait donc de les regrouper et de les enfermer.

À travers de très nombreux témoignages, et des images de ce qui reste de ces camps aujourd’hui, Wang Bing retrace le destin de déportés. Ils sont contraints dès leur arrivée sur place de construire eux-mêmes leur prison inexistante jusque-là ! À la manière d’un Claude Lanzmann ou d’un Rithy Panh, le cinéaste chinois retrace la vie quotidienne grâce à la parole des rares survivants. Et c’est l’effroi qui saisit alors le spectateur en écoutant les récits entrecroisés de ces rescapés d’un enfer programmé. Pas d’habitations dignes de ce nom. Pas de nourriture ou presque pour ces exilés. La plupart des intellectuels inaptes à s’intégrer à ce retour à une vie presque sauvage.
“Des anciens camps encore parsemés d’ossements humains : les vivants ne pouvaient enterrer les morts…”
Ce dernier mot n’est pas trop fort : les témoignages évoquent tous, en fin de compte, le recours à l’anthropophagie, voire à la nécrophagie. Des images actuelles des anciens camps, encore jonchés d’ossements humains, confirment cette réalité : les vivants n’avaient plus la force d’enterrer les morts. Certains évoqueraient volontiers ici le “devoir de mémoire”, si l’expression ne résonnait pas aujourd’hui avec tant de lassitude. Peu importent les mots : ce qui importe, c’est la démarche admirable d’un cinéaste bien décidé à regarder son pays droit dans les yeux, quitte à troubler ses spectateurs au plus profond de leur humanité.
Sortie le 24 octobre
Cold War
Pawel Pawlikowski
Pologne

Prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes cette année, le nouveau film du réalisateur polonais Pawel Pawlikovski. L’auteur du remarquable Ida raconte donc ici l’histoire d’un amour impossible durant la Guerre froide : celle d’un musicien épris de liberté et d’une jeune chanteuse passionnée. Une histoire qui se joue entre la Pologne stalinienne des années 50 et le Paris bohème de Saint-Germain-des-Prés. Avec un format presque carré et des images en noir et blanc, le cinéaste polonais multiplie les prouesses artistiques. Le tout au service d’un propos nettement mélancolique.
Sortie le 24 octobre
Rafiki pour un weekend évasion
Wanuri Kahiu
Kenya

« Réaliser un film sur deux femmes amoureuses au Kenya revient à bousculer le cynisme profondément ancré dans la société concernant l’homosexualité à la fois auprès des acteurs, de l’équipe, de mes amis et de ma famille. » C’est ainsi que la réalisatrice résume son propos pour le premier film kenyan à a voir été sélectionné au Festival de Cannes.
Sortie le 26 septembre 2018
