La sélection cinéma d’A/R pour affronter l’automne

La cordillère des songes – Chili

 

L’Œil d’Or récompense chaque année désormais un documentaire parmi tous ceux présentés au Festival de Cannes. Cette année, c’est La Cordillère des songes, le superbe et poignant film du Chilien Patrizio Guzman qui a reçu à juste titre cette prestigieuse distinction laquelle prouve un peu plus encore l’importance du cinéma du réel dans la cinématographie mondiale.

 

C’est depuis son premier film Chili, élections municipales en 1971 que le cinéaste Patrizio Guzman a entamé le travail que poursuit ce nouvel opus primé à Cannes. Depuis bientôt quarante ans, il s’est fait l’analyste de l’histoire poli- tique, sociale et culturelle de son pays, le Chili. Il rend compte avec son regard acéré de cinéaste de réalités souvent dramatiques nées notamment de la dictature implacable qu’a connue le Chili depuis le coup d’État de Pinochet qui renversa, le 11 septembre 1973, le gouvernement démocratique du socialiste Salvador Allende. C’est en homme de gauche à jamais meurtri que Guzman, film après film, radiographie sa terre natale.

 

Cette fois, il s’intéresse principalement à la figure d’un collègue en cinéma, Pedro Salas lequel durant des années n’a cessé de filmer le quotidien politique chilien, sans rien cacher de ses zones d’ombre. Partageant avec Guzman la certitude que les images d’archives sont indispensables à l’Histoire et à la construction nécessaire de la mémoire d’un peuple, il a tout filmé, ou presque, de ces années noires notamment. Et Guzman de rendre hommage à cet impressionnant travail fait pour combattre l’oubli et rendre impossible ce dont rêve toute dictature une fois abattue : l’effacement des blessures et des plaies. Mais, depuis son film intitulé Nostalgie de la lumière, Patrizio Guzman déploie en même temps une autre dimension quasi métaphorique de son propos documentaire. Loin de se cantonner à sa mission au service de la mémoire collective et du témoignage individuel, il bâtit littéralement une archéologie de la représentation de ce passé qui ne doit pas passer. Et il le fait à travers une attention extrême portée à la nature, au paysage, à tout ce qui est immuable. Le désert d’Atacama fut ainsi le point d’ancrage d’un film précédent.

 

Dans cette nouvelle proposition de cinéma documentaire, il s’intéresse à la mythique cordillère des Andes. Ce massif multimillénaire, fort de ses multiples strates, est ici le symbole de ce qui ne meurt jamais, au même titre que le travail de la mémoire. La cordillère c’est à la fois la résistance, la dureté des temps et l’opiniâtreté absolue. Contre elle, tout se fracasse. Elle demeure comme demeureront les images de Salas. Elle fait partie de l’âme même du Chili, de sa grandeur comme de ses impasses.

 

Un film de Patrizio Guzman – Sortie : 30 octobre 2019

 

 

Pour Sama – Syrie

 

«N’oublie pas d’où tu viens et voilà ce pour quoi tes parents se sont bat- tus à leur façon.» C’est ainsi que la cinéaste Waad Al-Khateab résume la démarche de ce film documentaire qui nous plonge au cœur même de l’horreur du quotidien syrien. C’est l’histoire d’un couple qui tente de résister, lui comme médecin, elle avec sa caméra, au milieu d’un pays littéralement dévasté. Avec malgré tout et comme le titre l’indique, la volonté farouche de regarder vers l’avenir et de croire en lui.

 

Un film de Waad Al-Khateab et Edward Watts – Sortie : 9 octobre 2019

 

 

 

Le traître – Italie

 

Marco Bellochio, du haut de ses 70 ans, demeure l’un des cinéastes italiens les plus importants. Passant du très intime au tout politique, il sait saisir à la perfection les soubresauts de l’Histoire contemporaine. Avec ce film, il fait le portrait d’un mafieux repenti qui a bel et bien existé, Tom- maso Buscetta, plongeant au cœur des contradictions italiennes. Faisant exploser la mythologie cinématographie de la mafia, le cinéaste montre sans détour les métastases d’un système malade où domine une parole sans foi ni loi. Le film devient alors une implacable et glaçante démonstration. L’un des films les plus forts de l’édition 2019 du Festival de Cannes

 

Un film de Marco Bellochio – Sortie : 30 octobre

 

 

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Écrit par
Laurent Delmas
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