Entretien avec Salif Keita – Mali

Pourquoi dédier cet album aux albinos ?

 

Parce qu’ils ont encore, au vingt-et-unième siècle, besoin de sécurité et d’amour. J’ai tenu à intituler ce disque Un autre blanc pour attirer l’attention sur la question de leur protection.

La couleur de votre peau a-t-elle conditionné tous les instants de votre vie ? N’y a-t-il jamais eu un moment où vous l’avez oubliée ?

Ce que je peux dire, c’est que, si je suis l’artiste que vous connaissez, si je voyage ainsi à travers le monde, je le dois à ma couleur de peau. Si je n’avais pas été albinos, je ne serais pas ici aujourd’hui. Je ferais un autre métier, je serais peut-être en train d’enseigner. Souvent, dans le monde, j’oublie que je suis albinos, parce qu’il y a beaucoup d’amour autour de moi. Mais tous les albinos n’ont pas ma chance…

Un « blanc », c’est aussi un silence, un trou dans la conversation. Pourquoi avez-vous décidé que cet « autre blanc » serait votre dernier album ?

Parce que, tout simplement, ça fait 50 ans que je suis sur la route. 50 ans sans repos. 50 ans sans pouvoir m’occuper d’autre chose que de musique. Je crois que j’ai besoin de vacances. Pour moi, le temps des albums est passé. C’est plutôt le moment de faire des collaborations, des morceaux isolés, de céder aux caprices d’autres musiciens.

Dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de commencer à enregistrer cet album ? Inquiet à l’idée de vous répéter ? Ou impatient de relever de nouveaux défis ?

Je ne voulais pas me répéter, ça, c’est sûr. Je n’aime pas que mes disques se ressemblent. Au contraire, j’aime aller dans la profondeur des choses, me donner beaucoup de peine pour composer, aborder de nouveaux sujets, trouver de nouvelles mélodies… Et c’est parce que je ne veux pas me répéter que je vais prendre du repos.

Si vous réussissez réellement à vous arrêter, dans quelle région allez-vous prendre votre retraite ?

Je suis malien. J’irai me promener, prendre des vacances partout dans le monde, mais la plupart du temps je serai chez moi, en Afrique de l’Ouest. Je m’occuperai de ma ferme. J’aime l’agriculture, j’aime m’occuper des animaux. Tout ce qui a trait à la nature m’intéresse…

© photo : Thomas Dorn

Entretien avec Salif Keïta - Mali

 

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Écrit par
François Mauger
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