Entretien avec Anthony Joseph - A/R Magazine voyageur 2018

Anthony Joseph : retour aux sources à Trinité-et-Tobago

Qu’est-ce que cela a changé pour vous d’enregistrer pour la première fois sur votre île ?

Cela ramène ma musique à sa source. J’en rêvais depuis des années. J’ai grandi à Trinidad, en écoutant du calypso, du steelpan et du rapso. Alors, enregistrer là-bas, avec des musiciens trinidadiens, donne à la musique une certaine authenticité. Nous avons enregistré dans une maison qui surplombe la mer, en pleine campagne. Etre entouré par cette nature d’une beauté à couper le souffle a affecté la façon dont les musiciens jouaient. C’était magique et on entend cette magie sur le disque.

Est-ce une sorte d’hommage ?

Pas vraiment. L’idée était simplement de faire rencontrer d’autres artistes trinidadiens à mes musiciens français et anglais. J’étais une sorte d’intermédiaire entre ces deux mondes. Je suis né et j’ai grandi à Trinidad, mais je vis en Europe depuis 30 ans. Sur cet album, j’évoque l’histoire de Trinidad et certaines de ses personnalités, mais uniquement pour montrer qu’elles sont universelles.

Vous avez invité Len « Boogsie » Sharpe, l’un des maîtres des steel drums, ces gigantesques bidons de pétrole convertis en instrument de percussion. Que représentent-ils pour vous ?

Le steelpan est né du besoin de la diaspora africaine de conserver ses rythmes et son âme au travers des tambours. Après la période de l’esclavage, les tambours étaient interdits par le gouvernement colonial anglais. Les gens ont donc trouvé des façons détournées d’en fabriquer et le steelpan était l’une d’elles. Le pan n’est que rythme, mais ce rythme a un sens.

La musique de Trinidad a eu son heure de gloire au XXe siècle, lorsque Harry Belafonte, Robert Mitchum ou les Andrews Sisters reprenaient des calypsos. Pourrait-elle redevenir à la mode au siècle suivant ?

C’est compliqué. Le calyspo est une musique-mère, un continent. On retrouve des rythmes tirés du calypso ou de la soca dans beaucoup de musiques électroniques ou de musiques destinées à la danse. Le calyspo est une musique si liée à l’actualité, si profondément politique et si complexe rythmiquement qu’elle peine à se trouver une place dans l’industrie de la musique globalisée. Mais elle est là et bien là, dans le rythme.

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Écrit par
François Mauger
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