On connait les volcans endormis du Puy-de-Dôme, mais le département ne se limite pas à ça. Sortons des sentiers battus pour découvrir un territoire qui a su garder son âme. 5 bonnes idées pour une escapade auvergnate.
Le Cézallier, la petite Mongolie
À 1500 m d’altitude, ce plateau déroule ses pâturages à perte de vue. En été, les estives verdissent et les troupeaux regagnent des pelouses aussi douces qu’un ventre de lapin. Le chemin qui tourne le dos aux lacs de la Godivelle pour filer vers Brion traverse des prairies étoilées de narcisses et de gentianes. Par endroits, une dépression dans le sol signale les vestiges d’un tras, refuge modeste à demi enfoui, où l’on faisait le fromage tant bien que mal à l’abri des bourrasques.

Il a fallu attendre le XVIIIe siècle pour que les propriétaires construisent enfin un bâtiment en dur, le buron, et que l’estive gagne enfin un peu de confort face à l’âpreté du plateau. Au terme de ce grand bol d’air, les quelques bicoques du hameau de Brion-Haut semblent être tombées de l’espace. L’endroit était connu jadis pour ses grandes foires aux bestiaux qui attiraient les éleveurs de toute l’Auvergne. Il suffit de pousser la porte du « Bistrot d’en haut », une auberge encore dans son jus avec son vieux comptoir en bois et son horloge franc-comtoise, pour être transporté en 1860 au temps où les vaches se négociaient autour d’un verre de gentiane.

Bistrot d’en Haut. Tél. : 06 30 84 28 26. Menu de 22 € à 25 €.
Artisane cueilleuse de plantes
On ne vient pas à Rentières par hasard. Une seule route s’y aventure. Par des ruelles, on rejoint le clocher-porche de l’église romane. C’est dans ce village du bout du monde que Cécile Ladevie a posé ses paniers après une carrière de comptable à Clermont et deux burn-out. La voici désormais artisane cueilleuse.

Les plantes réparent les corps aussi bien que les âmes. Panier en bandoulière, elle écume les prairies pour en prélever une trentaine d’espèces et les transformer en sirops, tisanes ou confits. Sa grand-mère, qui la soignait déjà aux plantes sauvages, lui a transmis les vertus de chacune : l’aubépine pour apaiser, la feuille de chêne contre les rhumatismes, l’origan pour digérer, la reine des prés pour fluidifier le sang, l’achillée pour réguler les cycles menstruels, la pensée, idéale pour une cure de détox… On évitera tout de même l’aconit tue-loup dont quelques grammes suffisent pour vous expédier dans l’au-delà.
Vente sur place et maison d’hôtes, accueillette.fr
Rufino le bienheureux
« Je ne suis pas un profiteur, mais je profite de chaque minute. » Le ton est donné. Rufino Alvarez n’est pas un profiteur, mais c’est assurément un bavard mais c’est aussi un philosophe. Quand il découvre une faille de granit bleu dans les Combrailles, au bord de la Morge, le voilà qui se met à tailler la roche pour en faire surgir visages, corps ou figures animales. Les neuf hectares qu’il a achetés en 2012 déroulent une œuvre profondément marquée par les thèmes de la différence, de l’exclusion et de la tolérance. Ou encore la résilience, comme ce magnifique colon gravé dans le granit en souvenir d’un cancer vaincu avec bonheur.

Le site tient autant du jardin du facteur Cheval que du sanctuaire humaniste. On passe d’un rocher à l’autre au gré des explications délicieusement foutraques de l’artiste avant de ressortir l’âme récurée à neuf et ragaillardie par l’amour du prochain.
Les Rochers de Rufino. Visite sur réservation Tél. 06 50 45 17 02.
Irréductibles Gaulois
« Moi, j’étais à Gergovie, môssieur ! Et à Gergovie, nous avons fait mordre la poussière à ce Jules César, môssieur ! » De fait, Abraracourcix peut se gargariser de cette bataille qui fut la première et unique grande défaite militaire subie par Jules César face aux Gaulois.


Pièces à l’effigie de Vercingetorix, musée de Gergovie © Christophe Migeon
« C’est qu’Alésia est un jalon temporel dans notre histoire nationale, celui qui marque la fin d’une Gaule indépendante, explique Marion Chastaing la médiatrice culturelle du musée de Gergovie ce qui n’empêche pas Gergovie d’avoir été de tout temps instrumentalisé par les politiques. De Pétain à Mélenchon, tout le monde est venu s’y montrer ! » À votre tour de découvrir tout à fait passionnant sur le plateau de Gergovie.
Musée archéologique de la bataille de Gergovie. Entrée 9 €. Tél. : 04 73 60 16 93,
Le Bourboule, ville thermale
« Reine de l’arsenic », « Capitale de l’allergie », « Villégiature de l’élite » clament les charmantes affiches de la Belle Époque. Les Celtes semblent avoir connu ses sources chaudes et gazeuses. Est-ce d’après leur dieu des eaux, Borvo, que la ville devint La Bourboule ? Ou bien à cause du délicieux verbe « borboler », aujourd’hui tombé en désuétude, qui signifiait bouillonner ? Toujours est-il que la ruée vers les bulles commence vraiment en 1854 lorsque le baron Thénard, chimiste réputé, analyse les eaux et y trouve de l’arsenic, oligo-élément souverain contre les maladies respiratoires, l’eczéma. L’arrivée du train au début du XXe siècle – seulement 9 h depuis Paris claironnent les publicités – achève de consacrer La Bourboule en luxueuse station thermale.

La Maison Rozier à la façade Art déco en mosaïques signée Gentil et Bourdet attire toujours l’œil, mais à l’intérieur, la crème pâtissière a laissé la place au lait cru. « Dans le temps, on comptait plus de 25 000 curistes par an, aujourd’hui, c’est dix fois moins » soupire Serge Teillot, l’ancien maire de La Bourboule, passionné de patrimoine local et qui a su redonner vie au bâtiment. Après avoir acheté sa fourme d’Ambert, on pourra toujours monter à l’étage et redécouvrir les papiers peints à motifs, les lambris en mosaïque et les vitrines néo-Louis XVI de l’architecte Louis Jarrier, le « designer » attitré des villes thermales auvergnates.
Maison Rozier, La Bourboule. Visites guidées 9 € (1h30) sur réservation.
Pour tout renseignement, le site officiel du tourisme du Puy-de-Dôme, puydedome-tourisme.com
