Entretien avec Olivier Araste, vigoureux chanteur de Lindigo - A/R Magazine voyageur 2018

Entretien avec Olivier Araste, vigoureux chanteur de Lindigo

Ce sixième album, c’est un pas en avant de plus pour le maloya ?

Oui, un grand pas en avant. On a voulu emmener le maloya un peu plus loin, un peu plus haut. On vient d’une petite île, mais on a une grande musique. À Cuba, vous avez enregistré avec Los Muñequitos de Matanzas.

Quels souvenirs gardez-vous de cette session au cœur de l’île ?

Ce qui nous a marqués, c’est leur simplicité, leur côté familial : il y avait la maman, le papa, les neveux, les nièces… Tous nous ont reçus à bras ouvert. Ça m’a fait penser aux dimanches chez moi, à Paniandy. La famille de Figurín, le chanteur, respire la musique. Quand ils s’assoient, quand ils parlent, il y a de la musique dans l’air, dans leurs paroles, dans leurs gestes. On a cuisiné pour eux et on a beaucoup échangé. À Matanzas, j’ai enfin vu les « sarèt mulé » dont mes parents me parlaient. Mon grand-père était charretier ; il menait les cannes à sucre à l’usine. Mais on ne travaille plus avec les mulets aujourd’hui à la Réunion. Ça m’a fait voyager dans le temps et dans l’histoire de ma famille…

Dans votre famille, on a toujours joué le maloya ?

C’est la musique qu’on chantait dans les champs de cannes. On n’avait pas d’instrument à la maison. Papa chantait quand on l’accompagnait aux champs. On chantait avec lui, mais on ne savait pas que c’était du maloya. Aujourd’hui, le maloya est, avec le séga, la musique qui représente toute l’île de la Réunion. On ne peut pas être réunionnais sans être passé à un moment ou un autre de sa vie par la case maloya. Sur cet album, un titre, Bondie anou, appelle à garder une mémoire de l’esclavage.

Quelle est votre relation avec le passé ?

Connaître notre passé nous rend plus forts. Je dis à mes enfants : « Quand tu sais d’où tu viens, tu sais où tu vas. Ce n’est pas parce que tes ancêtres étaient esclaves que tu ne peux pas être libre. Tu peux aller voir le monde, d’autres cultures, apprendre d’autres langues, t’ouvrir à d’autres horizons. Mais n’oublie pas pour autant qui tu es. » Bondie anou est une façon de dire merci à nos ancêtres pour ce cadeau qu’est la tradition réunionnaise. On ne les oublie pas, même si on chante dans une autre langue. Un arbre sans racine ne tient pas debout…

Lindigo « Komsa gayar » (Hélico)

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Écrit par
François Mauger
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