Le château d’Hardelot, premier théâtre élisabéthain de France - A/R Magazine voyageur 2018

Le château d’Hardelot, premier théâtre élisabéthain de France

Il vient d’obtenir le « prix mondial de la meilleure construction en bois » délivré par le site d’infos World Architecture News. Le « théâtre élisabéthain » s’élève depuis 2016 dans le parc du château d’Hardelot, Pas-de-Calais. Le château lui-même est une excentricité : de style Néo-Tudor, il a été reconstruit au XIXe siècle sur des ruines médiévales par un riche officier britannique.

Nous sommes en bord de Manche et les voisins d’en face ont toujours aimé ces rivages, de leur point de vue, tout à fait méridionaux. Avec à propos, les édiles départementaux ont donc transformé le domaine en « Centre culturel de l’Entente cordiale ». Ne manquait qu’une salle de spectacle… Ce serait un théâtre dit « élisabéthain, un style développé à partir du XVIe siècle quand les troupes de théâtre anglaises commencent à se sédentariser.

La référence : le Globe Theatre de Shakespeare dont la copie sur les bords de la Tamise à Londres fait désormais les délices des touristes. Et voilà comment cette forme archaïque est apparue en France au XXIe siècle. Poussant la recherche franco-britannique très loin, le projet a même été confié à un architecte anglais basé à Paris, spécialisé dans les salles de spectacles : Andrew Todd. Il s’en sort brillamment, respectant les canons du genre sans tomber dans le pastiche. Avec d’abord une idée belle et singulière, la création d’une armature extérieure en bambou, comme un exosquelette qui donne une impression de légèreté et de transparence à un édifice sinon très compact.

Le bâtiment, fidèle au principe élisabéthain, est cylindrique et permet de créer une belle salle de 388 places où le public encercle pratiquement une scène avancée ; trois étroites galeries épousent les murs circulaires. Ce qui frappe bien sûr est l’utilisation extensive du bois. À l’extérieur, l’emploi de panneau courbe en épicéa brut a permis la forme ronde. À l’intérieur, le “tout bois” est traité avec une grande austérité adoucie par les tons naturels du mélèze, de l’épicéa et du chêne brut ciré, ainsi que par la lumière zénithale qui tombe de la verrière. Ça, c’est une innovation : le théâtre élisabéthain n’a généralement pas de toit.

Andrew Todd n’hésite pas d’ailleurs à faire preuve de liberté. Il a ainsi imaginé une fosse d’orchestre escamotable qui peut accueillir jusqu’à 29 musiciens pour des spectacles lyriques. Il a su aussi jouer de la verticalité pour concevoir une ventilation naturelle ingénieuse et écologique. Finalement, le premier théâtre élisabéthain de France est résolument de son siècle, le XXIe.

Plus d’infos sur le site du château : www.chateau-hardelot.fr

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Écrit par
Jean-Luc Eyguesier
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